Aux États-Unis, soutenir les personnes trans relève désormais du « terrorisme »
Arya Meroni
18 mai 2026
6 min.

Sous couvert d’antiterrorisme, l’administration Trump criminalise officiellement la solidarité avec les personnes trans.
Dans sa nouvelle doctrine officielle de stratégie antiterroriste publiée début mai, la Maison Blanche classe les menaces terroristes en trois grandes familles : les narcotrafiquants et gangs transnationaux, les groupes islamistes, et les « extrémistes violents de gauche ». Dans cette dernière catégorie, elle range notamment les anarchistes et les antifascistes.
Dans le détail, les activités antiterroristes nationales devront désormais prioriser « l’identification rapide » et la « neutralisation » de groupes politiques séculiers dont l’idéologie serait « anti-américaine, radicalement pro-transgenre ou anarchiste ». La stratégie prévoit de les cartographier, d’identifier leurs membres, de documenter leurs liens avec des organisations internationales, puis de les « paralyser opérationnellement » par les outils policiers.
L’administration Trump a bien compris une chose : pour écraser un groupe, il faut aussi frapper celles et ceux qui se montrent solidaires avec la défense des personnes trans entre donc dans le champ antiterroriste avec ses collectifs, ses allié·es et ses réseaux de soutien. Traduction : être trans vous rend suspect·es ; les défendre aussi.
Soutenez un média indépendant
Problematik est un media queer indépendant. Vos dons sont notre principale source de revenus, ils financent nos futures publications : soutenez-nous pour lire de nouveaux articles !
Dans son article sur la guerre culturelle et la figure de l’ennemi intérieur, Hanane Karimi analyse précisément cette fabrique du danger par capillarité. Une catégorie d’abord associée au terrorisme se met à déborder : elle aspire celles et ceux qui contestent l’ordre établi, puis celles et ceux qui les défendent, puis celles et ceux qui refusent de participer à la chasse. L’ennemi intérieur n’est pas une catégorie stable, c’est une machine qui est en pleine extension. Si elle ne recouvre pas toujours la même réalité, en Occident, elle se déploie désormais avec une intensité particulière autour de deux figures construites comme des menaces civilisationnelles ; les personnes musulmanes et les personnes trans.
L’association trans et terrorisme est en quelque sorte l’aboutissement des politiques anti-terroristes mises en place depuis 2001. Dans Homonationalisme, Jasbir K. Puar expliquait comment les discours sur l’exceptionnalisme sexuel étasunien – c’est-à-dire la mise en scène des États-Unis comme nation progressiste et protectrice des droits LGBT+, par opposition à des populations musulmanes construites comme naturellement homophobes – ont servi à justifier les invasions militaires post-11 septembre, tout en permettant de trier, en creux, les « bons » et les « mauvais » LGBT+.
L’analyse de Puar semble être poussée à son paroxysme sous le deuxième mandat de Donald Trump. Tandis que les citoyen·nes américain·es qui se conforment aux normes sociales dominantes et adhèrent au nationalisme (y compris les gays, lesbiennes et bisexuel·les homonormatif·ves) reçoivent la promesse d’une intégration, les personnes queer dont les manières d’exister restent difficilement assimilables sont explicitements désignées ennemis de l’intérieur. Et ce, précisément parce que leur existence fissure cette promesse d’intégration, un point que nous développons dans notre recension d’Homonationalisme. Vingt ans plus tard, théorie et pratique se rejoignent dramatiquement. Cette alerte venue d’outre-Atlantique nous rappelle, une fois encore, que la lutte contre l’islamophobie et contre la transphobie sont deux combats essentiels, qu’il faut mener de front.
Article de Léane Alestra & Arya Meroni
Sous couvert d’antiterrorisme, l’administration Trump criminalise officiellement la solidarité avec les personnes trans.
Dans sa nouvelle doctrine officielle de stratégie antiterroriste publiée début mai, la Maison Blanche classe les menaces terroristes en trois grandes familles : les narcotrafiquants et gangs transnationaux, les groupes islamistes, et les « extrémistes violents de gauche ». Dans cette dernière catégorie, elle range notamment les anarchistes et les antifascistes.
Dans le détail, les activités antiterroristes nationales devront désormais prioriser « l’identification rapide » et la « neutralisation » de groupes politiques séculiers dont l’idéologie serait « anti-américaine, radicalement pro-transgenre ou anarchiste ». La stratégie prévoit de les cartographier, d’identifier leurs membres, de documenter leurs liens avec des organisations internationales, puis de les « paralyser opérationnellement » par les outils policiers.
L’administration Trump a bien compris une chose : pour écraser un groupe, il faut aussi frapper celles et ceux qui se montrent solidaires avec la défense des personnes trans entre donc dans le champ antiterroriste avec ses collectifs, ses allié·es et ses réseaux de soutien. Traduction : être trans vous rend suspect·es ; les défendre aussi.
Dans son article sur la guerre culturelle et la figure de l’ennemi intérieur, Hanane Karimi analyse précisément cette fabrique du danger par capillarité. Une catégorie d’abord associée au terrorisme se met à déborder : elle aspire celles et ceux qui contestent l’ordre établi, puis celles et ceux qui les défendent, puis celles et ceux qui refusent de participer à la chasse. L’ennemi intérieur n’est pas une catégorie stable, c’est une machine qui est en pleine extension. Si elle ne recouvre pas toujours la même réalité, en Occident, elle se déploie désormais avec une intensité particulière autour de deux figures construites comme des menaces civilisationnelles ; les personnes musulmanes et les personnes trans.
L’association trans et terrorisme est en quelque sorte l’aboutissement des politiques anti-terroristes mises en place depuis 2001. Dans Homonationalisme, Jasbir K. Puar expliquait comment les discours sur l’exceptionnalisme sexuel étasunien – c’est-à-dire la mise en scène des États-Unis comme nation progressiste et protectrice des droits LGBT+, par opposition à des populations musulmanes construites comme naturellement homophobes – ont servi à justifier les invasions militaires post-11 septembre, tout en permettant de trier, en creux, les « bons » et les « mauvais » LGBT+.
L’analyse de Puar semble être poussée à son paroxysme sous le deuxième mandat de Donald Trump. Tandis que les citoyen·nes américain·es qui se conforment aux normes sociales dominantes et adhèrent au nationalisme (y compris les gays, lesbiennes et bisexuel·les homonormatif·ves) reçoivent la promesse d’une intégration, les personnes queer dont les manières d’exister restent difficilement assimilables sont explicitements désignées ennemis de l’intérieur. Et ce, précisément parce que leur existence fissure cette promesse d’intégration, un point que nous développons dans notre recension d’Homonationalisme. Vingt ans plus tard, théorie et pratique se rejoignent dramatiquement. Cette alerte venue d’outre-Atlantique nous rappelle, une fois encore, que la lutte contre l’islamophobie et contre la transphobie sont deux combats essentiels, qu’il faut mener de front.
Article de Léane Alestra & Arya Meroni
Soutenez un média indépendant
Problematik est un media queer indépendant. Vos dons sont notre principale source de revenus, ils financent nos futures publications : soutenez-nous pour lire de nouveaux articles !





