« C’est normal pour nous que Juliette soit partie » : Flottille pour Gaza interceptée, l’attente des proches
Léane Alestra
21 mai 2026
7 min.

Depuis trois jours, Coline Charpentier, co-fondatrice des éditions Daronnes, attend le retour de sa partenaire et collègue Juliette Dimet, arrêtée par les forces d’occupation israéliennes à bord de la Global Sumud Flotilla. Elle raconte la colère et la peur qui l’animent.
À mesure que les jours passent, Coline Charpentier vit avec une « horloge cassée » dans la poitrine. Tout semble au ralenti, sans vraiment s’arrêter. Il faut continuer à aller travailler, à répondre aux messages et à faire tourner les éditions Daronnes, maison qu’elle a fondé avec Juliette Dimet en 2020. Mercredi, son fils avait un gala de danse et il lui fallait un tee-shirt noir. « Dans tout ça, j’ai oublié de faire la lessive », soupire-t-elle exaspérée. La vie quotidienne continue d’exiger sa part, même quand la personne qu’on aime est retenue prisonnière par un gouvernement d’extrême droite génocidaire.
Juliette Dimet, éditrice aux éditions Daronnes et partenaire de Coline depuis sept ans, faisait partie de la délégation française embarquée dans la Global Sumud Flotilla (GSF), dont le but est de tenter de briser le blocus en cours à Gaza. La GSF est la septième initiative impulsée par la Freedom Flotilla Coalition depuis le début du blocus en 2007. Résidente en Belgique, Juliette quitte le pays le 12 avril pour rejoindre la délégation, avant un départ depuis la Sicile. Le 29 avril, une première interception israélienne a lieu en eaux internationales, entre la Grèce et l’Italie : dix bateaux sont arraisonnés, et deux membres de la flottille sont arrêtés et emprisonnés 10 jours. Au regard du droit international, cette intervention en haute mer relève d’un acte de piraterie. Cette capture très précoce des bateaux semble s’expliquer par le fait que cette troisième flottille est l’une des plus massives, avec plus de 400 activistes venu·es de dizaines de pays. Après l’interception, le reste de la flottille s’arrête en Crète, se rend le 9 mai vers la Turquie, puis reprend la mer le 14 mai avec les bateaux qui n’avaient pas été stoppés.
Aujourd’hui, ce sont environ 430 personnes qui se retrouvent emprisonnées. Un chiffre à la mesure de la mobilisation. Mercredi 20 mai, au lendemain de l’interception de la flottille, le ministre israélien d’extrême droite Itamar Ben-Gvir a diffusé des images de leur humiliation ; on y voit des personnes détenues, mains liées, forcées de s’agenouiller. Certaines sont exposé·es en sous-vêtements, un traitement dégradant qui inquiète les proches qui connaissent les récits de violence sexuelles imposées aux prisonniers palestiniens. La Commission européenne a jugé ce traitement « totalement inacceptable » ; plusieurs gouvernements européens, dont la France et l’Italie, ont protesté.
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Mais la protestation française reste, pour l’heure, au stade du geste diplomatique. Jean-Noël Barrot a annoncé avoir convoqué l’ambassadeur d’Israël pour « obtenir des explications », sans dénoncer l’arraisonnement lui-même, ni la capture de civils en eaux internationales. Selon les sources consulaires, qui ont contacté ce jeudi 21 mai les proches de Juliette, l’État français refuse de prendre en charge le rapatriement des membres français de la flottille. Un effet d’annonce donc, qui ne protège pas les personnes détenues, ne sanctionne pas l’État responsable et ne rompt pas avec l’impunité dont Israël bénéficie concernant ces violations du droit international en Palestine et en Méditerranée.
Dans le cas de Juliette, les proches se relaient, se tiennent, cherchent des nouvelles. Autour de Coline, la solidarité amicale, militante et familiale fait office de respiration : « On est très solidaires, toutes et tous ensemble pour essayer d’obtenir des nouvelles de Juliette et attendre son retour. Et par rapport à ce que vivent les Palestinien·nes, ce n’est rien, et ça, on ne l’oublie pas. » raconte l’éditrice. « C’est normal pour nous que Juliette soit partie : il faut tout tenter en solidarité avec le peuple palestinien. » maintient-elle.
Une manière de rappeler que si l’humiliation de militant·es européen·nes choque, elle ne dit qu’une fraction de la violence quotidienne imposée aux habitant·es de Gaza et de Cisjordanie. Plusieurs milliers de Palestinien·nes sont emprisonné·es sans aucune forme de procès et subissent quotidiennement des actes de tortures largement documentés.
Depuis trois jours, Coline Charpentier, co-fondatrice des éditions Daronnes, attend le retour de sa partenaire et collègue Juliette Dimet, arrêtée par les forces d’occupation israéliennes à bord de la Global Sumud Flotilla. Elle raconte la colère et la peur qui l’animent.
À mesure que les jours passent, Coline Charpentier vit avec une « horloge cassée » dans la poitrine. Tout semble au ralenti, sans vraiment s’arrêter. Il faut continuer à aller travailler, à répondre aux messages et à faire tourner les éditions Daronnes, maison qu’elle a fondé avec Juliette Dimet en 2020. Mercredi, son fils avait un gala de danse et il lui fallait un tee-shirt noir. « Dans tout ça, j’ai oublié de faire la lessive », soupire-t-elle exaspérée. La vie quotidienne continue d’exiger sa part, même quand la personne qu’on aime est retenue prisonnière par un gouvernement d’extrême droite génocidaire.
Juliette Dimet, éditrice aux éditions Daronnes et partenaire de Coline depuis sept ans, faisait partie de la délégation française embarquée dans la Global Sumud Flotilla (GSF), dont le but est de tenter de briser le blocus en cours à Gaza. La GSF est la septième initiative impulsée par la Freedom Flotilla Coalition depuis le début du blocus en 2007. Résidente en Belgique, Juliette quitte le pays le 12 avril pour rejoindre la délégation, avant un départ depuis la Sicile. Le 29 avril, une première interception israélienne a lieu en eaux internationales, entre la Grèce et l’Italie : dix bateaux sont arraisonnés, et deux membres de la flottille sont arrêtés et emprisonnés 10 jours. Au regard du droit international, cette intervention en haute mer relève d’un acte de piraterie. Cette capture très précoce des bateaux semble s’expliquer par le fait que cette troisième flottille est l’une des plus massives, avec plus de 400 activistes venu·es de dizaines de pays. Après l’interception, le reste de la flottille s’arrête en Crète, se rend le 9 mai vers la Turquie, puis reprend la mer le 14 mai avec les bateaux qui n’avaient pas été stoppés.
Aujourd’hui, ce sont environ 430 personnes qui se retrouvent emprisonnées. Un chiffre à la mesure de la mobilisation. Mercredi 20 mai, au lendemain de l’interception de la flottille, le ministre israélien d’extrême droite Itamar Ben-Gvir a diffusé des images de leur humiliation ; on y voit des personnes détenues, mains liées, forcées de s’agenouiller. Certaines sont exposé·es en sous-vêtements, un traitement dégradant qui inquiète les proches qui connaissent les récits de violence sexuelles imposées aux prisonniers palestiniens. La Commission européenne a jugé ce traitement « totalement inacceptable » ; plusieurs gouvernements européens, dont la France et l’Italie, ont protesté.
Mais la protestation française reste, pour l’heure, au stade du geste diplomatique. Jean-Noël Barrot a annoncé avoir convoqué l’ambassadeur d’Israël pour « obtenir des explications », sans dénoncer l’arraisonnement lui-même, ni la capture de civils en eaux internationales. Selon les sources consulaires, qui ont contacté ce jeudi 21 mai les proches de Juliette, l’État français refuse de prendre en charge le rapatriement des membres français de la flottille. Un effet d’annonce donc, qui ne protège pas les personnes détenues, ne sanctionne pas l’État responsable et ne rompt pas avec l’impunité dont Israël bénéficie concernant ces violations du droit international en Palestine et en Méditerranée.
Dans le cas de Juliette, les proches se relaient, se tiennent, cherchent des nouvelles. Autour de Coline, la solidarité amicale, militante et familiale fait office de respiration : « On est très solidaires, toutes et tous ensemble pour essayer d’obtenir des nouvelles de Juliette et attendre son retour. Et par rapport à ce que vivent les Palestinien·nes, ce n’est rien, et ça, on ne l’oublie pas. » raconte l’éditrice. « C’est normal pour nous que Juliette soit partie : il faut tout tenter en solidarité avec le peuple palestinien. » maintient-elle.
Une manière de rappeler que si l’humiliation de militant·es européen·nes choque, elle ne dit qu’une fraction de la violence quotidienne imposée aux habitant·es de Gaza et de Cisjordanie. Plusieurs milliers de Palestinien·nes sont emprisonné·es sans aucune forme de procès et subissent quotidiennement des actes de tortures largement documentés.
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