« le mouvement antifa a des victoires » : le village du 8 mai, un point d’étape stratégique pour les militant·es
Arya Meroni
11 mai 2026
4 min.

Au village antifa, militant·e·s féministes et queer se réjouissent de l'interdiction de la marche néo-nazi du C9M sans pour autant perdre de vue la gravité de la situation. Les collectifs partagent l'urgence d'unité durable face à l'extrême droite, avec 2027 en ligne de mire.
Vendredi 8 mai 2026, place du Panthéon, Paris. Les allées du village antifasciste sont pleines de monde. Les militant·e·s de toutes générations discutent, s’échangent tracts et autocollants, parfois avec des bébés aux bras. Des personnes venues d’un peu partout pour l’occasion achètent des livres, de copieux bành mi à 5 euros confectionnés par la Coopérative de Ménilmontant, ou un café au goût hasardeux, heureusement à prix libre. Sous un doux soleil, les tables-rondes s'enchaînent, avant de laisser place à des concerts. En cet après-midi de printemps, l’ambiance semble relativement détendue, et pour cause : pour la première fois depuis 2008, la manifestation du Comité 9-Mai, qui devait avoir lieu le lendemain, est interdite.
Pour Q., militant au collectif queer les Inverti.e.s, cette interdiction est une bonne chose, même si elle arrive tard : « cela fait des années que cette manif, avec sa symbolique nazie, aurait dû être interdite. » Anouck, membre au collectif Féministes Révolutionnaires, partage l’importance de cette victoire mais reste préoccupée par le renvoi dos à dos des fascistes et antifascistes par les autorités qui ont également interdit la contre-manifestation initialement prévu au même moment que la marche du C9M. Active dans l’organisation du village antifasciste depuis maintenant 3 ans, la jeune femme rappelle que « si on a eu une victoire localement sur Paris, à l’échelle nationale, ce n’est pas la même chose. Entre la dissolution de la Jeune Garde, la répression, les discours médiatiques, on est très loin du compte. »
Les militant·e·s féministes et queer avec qui Problematik a discuté entre deux stands et trois poussettes partagent toustes ces inquiétudes, et restent animés par un sentiment d’urgence. Val, militante à Nous Toutes 35 à Rennes, Eno, membre de Marseille 8 Mars et Margaux du collectif landais Team Sama, ont fait le déplacement pour l’occasion dans le cadre d’une campagne nationale impulsée par la Coordination Féministe : « Il y a un an et demi, on a lancé un appel à la grève féministe contre l’extrêmedroite avec la Coord, on est donc dans la continuité. »
La Coordination Féministe, un réseau de groupes militant sur tout le territoire, leur permet de construire un maillage pour faire du commun, se connaître, échanger des pratiques et ne pas se sentir isolées dans le climat politique ambiant. Chacune à leur tour, les militantes détaillent la dégradation des contextes locaux, de l’implantation de Némésis à Marseille – où le RN a réalisé un score historique aux élections municipales de 2026 – à la multiplication d’agressions de militant·e·s de gauche par des néo-nazis dans les rues de la capitale bretonne. Venir à Paris apparaissait comme une évidence, « pour faire du nombre et s’apporter de la force collectivement » note Margaux.
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L’enjeu de l’unité est sur toutes les lèvres. Pour Anouck, c’est grâce à l’organisation du village mais aussi de la contre-manifestation que l’interdiction de la Marche du C9M a pu être gagnée : « on a construit un vrai rapport de force, entre organisations mais aussi nationalement, ce qui a accentué la pression et nous a permis d’arracher cette victoire ». Pour Q., c’est grâce à la même logique que Némésis a été forcé de ne pas manifester pas le 8 mars : « c’est un travail de fond qui a permis cela, de montrer ce qu’est en réalité ce groupe, leur idéologie, leur proximité avec les néo-nazis. » Là aussi, il s’agit d’une victoire importante puisque depuis 2 ans la police tentait de forcer la participation des militantes néo-fascistes dans les marches féministes parisiennes.
Ces deux victoires peuvent sembler paradoxales, tant le mouvement antifasciste était acculé après la mort de Quentin Deranque mi-février. Dans les jours qui ont suivi cet épisode, une partie de la gauche pouvait paraître amorphe et se déchirer sur la question de l’auto-défense. Les multiples exactions commises par des militant·e·s d’extrême droite un peu partout sur le territoire semblent avoir produit un électrochoc. C’est en tout cas ce que pense le militant des Inverti.e.s : « ce qui fait aussi que le mouvement antifa a eu ces deux victoires, c’est qu’on a de plus en plus de groupes différents qui s’allient. »
Permettre une alliance large et qui ne nie pas les différences entres les groupes, voilà l’objectif du village pour Anouck. L’espace est un point de ralliement pour les antifascismes qui peuvent discuter dans toute leur diversité, créer du lien et apprendre à travailler ensemble, car l’unité reste un combat permanent. « C’est une chose de partager une lutte commune, c’en est une autre de construire une lutte au quotidien. » observe la militante. Un combat vital pour ces groupes. Comme le rappelle Q., avec les personnes racisé·e·s, se sont les personnes queer qui sont celles qui dès aujourd’hui subissent de plein fouet la bascule, et notamment les personnes trans, sans cesse attaquées depuis des années.
L’unité des organisations du mouvement social apparaît donc comme une urgence aujourd’hui, ainsi que dans la perspective de 2027, conclut le militant des Inverti.e.s. un an du second tour des élections présidentielles, pour Margaux, il est évident qu’il faudra aller chercher partout des voix pour vaincre le RN dans les urnes. Val partage la préoccupation du danger d’une victoire électorale du parti fondé par Jean-Marie Le Pen, même si elle pense que les élections ne doivent pas dicter l’agenda militant de l’année à venir : « cela teinte l’ambiance générale, car il est évident qu’on ne militera pas de la même manière selon qui est à la tête du gouvernement, mais pour gagner, il faut aussi faire gagner nos luttes. » De fait, le rapport à 2027 donne à voir des diversités de stratégies antifascistes dont parlait Anouck. Le défi qui se pose est celui de leur concordance, qui semble déterminante dans la période, tant les deux perspectives ne pourront être victorieuses qu’en s’imbriquant.
Au village antifa, militant·e·s féministes et queer se réjouissent de l'interdiction de la marche néo-nazi du C9M sans pour autant perdre de vue la gravité de la situation. Les collectifs partagent l'urgence d'unité durable face à l'extrême droite, avec 2027 en ligne de mire.
Vendredi 8 mai 2026, place du Panthéon, Paris. Les allées du village antifasciste sont pleines de monde. Les militant·e·s de toutes générations discutent, s’échangent tracts et autocollants, parfois avec des bébés aux bras. Des personnes venues d’un peu partout pour l’occasion achètent des livres, de copieux bành mi à 5 euros confectionnés par la Coopérative de Ménilmontant, ou un café au goût hasardeux, heureusement à prix libre. Sous un doux soleil, les tables-rondes s'enchaînent, avant de laisser place à des concerts. En cet après-midi de printemps, l’ambiance semble relativement détendue, et pour cause : pour la première fois depuis 2008, la manifestation du Comité 9-Mai, qui devait avoir lieu le lendemain, est interdite.
Pour Q., militant au collectif queer les Inverti.e.s, cette interdiction est une bonne chose, même si elle arrive tard : « cela fait des années que cette manif, avec sa symbolique nazie, aurait dû être interdite. » Anouck, membre au collectif Féministes Révolutionnaires, partage l’importance de cette victoire mais reste préoccupée par le renvoi dos à dos des fascistes et antifascistes par les autorités qui ont également interdit la contre-manifestation initialement prévu au même moment que la marche du C9M. Active dans l’organisation du village antifasciste depuis maintenant 3 ans, la jeune femme rappelle que « si on a eu une victoire localement sur Paris, à l’échelle nationale, ce n’est pas la même chose. Entre la dissolution de la Jeune Garde, la répression, les discours médiatiques, on est très loin du compte. »
Les militant·e·s féministes et queer avec qui Problematik a discuté entre deux stands et trois poussettes partagent toustes ces inquiétudes, et restent animés par un sentiment d’urgence. Val, militante à Nous Toutes 35 à Rennes, Eno, membre de Marseille 8 Mars et Margaux du collectif landais Team Sama, ont fait le déplacement pour l’occasion dans le cadre d’une campagne nationale impulsée par la Coordination Féministe : « Il y a un an et demi, on a lancé un appel à la grève féministe contre l’extrêmedroite avec la Coord, on est donc dans la continuité. »
La Coordination Féministe, un réseau de groupes militant sur tout le territoire, leur permet de construire un maillage pour faire du commun, se connaître, échanger des pratiques et ne pas se sentir isolées dans le climat politique ambiant. Chacune à leur tour, les militantes détaillent la dégradation des contextes locaux, de l’implantation de Némésis à Marseille – où le RN a réalisé un score historique aux élections municipales de 2026 – à la multiplication d’agressions de militant·e·s de gauche par des néo-nazis dans les rues de la capitale bretonne. Venir à Paris apparaissait comme une évidence, « pour faire du nombre et s’apporter de la force collectivement » note Margaux.
L’enjeu de l’unité est sur toutes les lèvres. Pour Anouck, c’est grâce à l’organisation du village mais aussi de la contre-manifestation que l’interdiction de la Marche du C9M a pu être gagnée : « on a construit un vrai rapport de force, entre organisations mais aussi nationalement, ce qui a accentué la pression et nous a permis d’arracher cette victoire ». Pour Q., c’est grâce à la même logique que Némésis a été forcé de ne pas manifester pas le 8 mars : « c’est un travail de fond qui a permis cela, de montrer ce qu’est en réalité ce groupe, leur idéologie, leur proximité avec les néo-nazis. » Là aussi, il s’agit d’une victoire importante puisque depuis 2 ans la police tentait de forcer la participation des militantes néo-fascistes dans les marches féministes parisiennes.
Ces deux victoires peuvent sembler paradoxales, tant le mouvement antifasciste était acculé après la mort de Quentin Deranque mi-février. Dans les jours qui ont suivi cet épisode, une partie de la gauche pouvait paraître amorphe et se déchirer sur la question de l’auto-défense. Les multiples exactions commises par des militant·e·s d’extrême droite un peu partout sur le territoire semblent avoir produit un électrochoc. C’est en tout cas ce que pense le militant des Inverti.e.s : « ce qui fait aussi que le mouvement antifa a eu ces deux victoires, c’est qu’on a de plus en plus de groupes différents qui s’allient. »
Permettre une alliance large et qui ne nie pas les différences entres les groupes, voilà l’objectif du village pour Anouck. L’espace est un point de ralliement pour les antifascismes qui peuvent discuter dans toute leur diversité, créer du lien et apprendre à travailler ensemble, car l’unité reste un combat permanent. « C’est une chose de partager une lutte commune, c’en est une autre de construire une lutte au quotidien. » observe la militante. Un combat vital pour ces groupes. Comme le rappelle Q., avec les personnes racisé·e·s, se sont les personnes queer qui sont celles qui dès aujourd’hui subissent de plein fouet la bascule, et notamment les personnes trans, sans cesse attaquées depuis des années.
L’unité des organisations du mouvement social apparaît donc comme une urgence aujourd’hui, ainsi que dans la perspective de 2027, conclut le militant des Inverti.e.s. un an du second tour des élections présidentielles, pour Margaux, il est évident qu’il faudra aller chercher partout des voix pour vaincre le RN dans les urnes. Val partage la préoccupation du danger d’une victoire électorale du parti fondé par Jean-Marie Le Pen, même si elle pense que les élections ne doivent pas dicter l’agenda militant de l’année à venir : « cela teinte l’ambiance générale, car il est évident qu’on ne militera pas de la même manière selon qui est à la tête du gouvernement, mais pour gagner, il faut aussi faire gagner nos luttes. » De fait, le rapport à 2027 donne à voir des diversités de stratégies antifascistes dont parlait Anouck. Le défi qui se pose est celui de leur concordance, qui semble déterminante dans la période, tant les deux perspectives ne pourront être victorieuses qu’en s’imbriquant.
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