Sur fond d’austérité, Aides annonce un plan de licenciement sans précédent
Arya Meroni
12 décembre 2025
12 min.

Dimanche 30 novembre, une manifestation s'est tenue à Paris dans le cadre de la journée internationale de lutte contre le VIH. Les prises de parole se succèdent pour dénoncer les coupes drastiques dans les budgets publics de lutte contre l’épidémie, alors que les contaminations repartent à la hausse dans le monde. Parmi elles, une salariée d’Aides prend la parole.
Avec d’autres salarié·e·s de toute la France, elle participe à un mouvement de grève depuis le 26 novembre pour dénoncer un plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) dans l’association. Annoncé le 8 octobre, ce plan contient la suppression de 61 postes sur 497, soit 12 % des effectifs. Dans un communiqué[1], la direction justifie ces suppressions par la baisse des subventions de l’État. Pour l’année 2025, Aides prévoit ainsi un déficit de 1,5 million d’euros.
De leur côté, les grévistes dénoncent un plan injuste. Concrètement, des postes doivent disparaître dans presque tous les services, à l’exception des 11 directeur·rice·s, épargné·e·s par les suppressions. Dans un tract[2], SUD Santé Sociaux rapporte que la direction met en avant la nécessité d’une direction « agile » pour « piloter » les équipes dans ce contexte de réduction salariale. Le syndicat y voit un deux poids deux mesures anormal. Renaud, délégué syndical et gréviste, s’inquiète des répercussions des suppressions de postes sur le terrain. En Guadeloupe et en Martinique, territoires particulièrement touchés par l’épidémie, il ne resterait qu’un seul coordinateur ainsi qu’un seul intervenant. En Île-de-France, qui concentre 40 % des personnes porteuses du VIH, 12 suppressions de postes sont prévues. De fait, cela impactera tant les personnes vivant avec le VIH que les travailleurs et travailleuses, qui devront faire plus avec moins de moyens.
Les grévistes contestent l’idée que ces suppressions de postes soient la seule issue possible. S’ils reconnaissent que l’austérité gouvernementale pèse sur les finances de l’association, ils mettent également en cause certains arbitrages de la direction. Ils indiquent que le déficit a pu jusqu’à présent être contrôlé grâce à la trésorerie et aux fonds associatifs, ce qui ne justifie pas de licenciement massif à court terme.
Les grévistes réclament aussi l’ouverture d’une réflexion pour trouver d’autres sources d’économies que sur la masse salariale. Si des suppressions de postes s’avéraient finalement inévitables, ils souhaitent qu’un poste de direction soit également supprimé, que le PSE soit remplacé par un plan de départ volontaire et que les indemnités de départ soient revalorisées, afin de permettre aux salarié·e·s de se retourner plus facilement. Les salarié·e·s de Aides sont à nouveau en grève ce jeudi 4 décembre pour tenter de faire entendre leurs revendications.
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Sur un point, toutefois, grévistes et direction convergent : les politiques d’austérité imposées par le gouvernement les obligent à naviguer parmi des choix difficiles. Au-delà du cas de Aides, ces restrictions budgétaires pèsent sur l’ensemble du secteur associatif. Selon une récente étude, la Fédération des acteurs de la solidarité estime qu’une association sur trois pourrait disparaître avant 2026, et que 58 % d’entre elles ne savent pas comment elles se financeront d’ici un an [3].
Résultat : l’ensemble des structures associatives se retrouve à arbitrer entre les conditions de travail de leurs salarié·e·s et la poursuite de leurs activités. L’État met ainsi en concurrence la continuité de services essentiels et l’emploi de plus d’un million de personnes. D’autres choix restent pourtant possibles, à commencer par le rétablissement de l’ISF et la création de nouvelles taxes sur le capital.
Ces politiques d’abandon du secteur associatif s’inscrivent dans un mouvement international de réduction historique des fonds consacrés à la lutte contre le VIH, mais aussi contre d’autres épidémies. Si la responsabilité de Trump est souvent mise en avant dans ce désengagement, la France n’est pas en reste. Alors qu’elle versait chaque année près de 3 milliards d’euros au Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, aucune annonce de maintien de sa participation n’a, pour l’heure, été faite.
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