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Noahm et les morts qui comptent

Léane Alestra

05 juin 2026

5 min.

Le jour où Mediapart annonce la mort du jeune Noahm, un réel circule sur Instagram avec un extrait de Tip Toe, la nouvelle série de Russell T. Davies. On y voit un homme gay plus âgé s’adresser au personnage de George, 16 ans, et lui promettre : « une grande et belle vie gay n’attend que toi. » 

Noahm avait 19 ans.

Dans la nuit du 30 mai, à Metz, il profitait d’une soirée légère avec ses proches queers, lorsqu’un groupe d’hommes alcoolisés s’en est pris à elleux. « Ils ont directement pris Noahm à partie. Parce que voilà, Noahm se maquille, Noahm est efféminé… » rapporte son amie Suzanne à Mediapart

Son cousin tente alors de s’interposer. Il finit à l’hôpital, le nez cassé. Le couple de jeunes femmes présentes essaient elles aussi de protéger leur ami. Rien n’y fait. Le jeune homme est mortellement agressé. Parmi les insultes proférées au groupe ce soir-là, les témoins rapportent le mot « pédale ». 

Si l’homophobie est au cœur de cette histoire, il faut en particulier nommer la follophobie qui la traverse. Noham est mort parce qu’il a été perçu comme un garçon trop loin de l’homme viril qu’on exigeait qu’il devienne. Ce n’est pas la première fois que cette haine des folles se déchaîne à Metz. En avril 2023, le concert de Bilal Hassani avait déjà été annulé après des menaces et une campagne de pression venues de l’extrême droite, notamment du groupuscule Aurora Lorraine, ainsi que de milieux catholiques intégristes, au prétexte que l’icône queer devait se produire dans une ancienne église.

Mais l’homophobie si criante dans cette affaire sera dans un premier temps effacée du récit. Sa mort est d’abord présentée par les médias locaux comme le résultat d’une rixe entre bandes rivales. Comme souvent lorsqu’il s’agit de brutalités visant des personnes minorisées, ici un groupe de jeunes queers, la violence de l’attaque est étouffée derrière une présentation symétrique des responsabilités. 

Pourtant en dépit du fait qu’on ait arraché à un gamin la merveilleuse vie de pédale qu’il méritait — à la veille du mois des Fiertés —, l’affaire peine à devenir un sujet politique national. 

Le contraste avec la mort de Quentin Deranque, en février dernier, saute d’autant plus aux yeux. Pour le militant néonazi, à l’origine d’un guet-apens à destination d’antifascistes, il n’aura fallu que quelques heures pour que le pays se mette en marche. Les hommages se sont empilés jusqu’au cœur même de l’Assemblée nationale, où l’on a fini par observer une minute de silence en sa mémoire. 

En miroir, lorsque des pédés sont assassinés, quand quatre corps sont retrouvés dans la Seine à Choisy-le-Roi en août 2025 et que la piste de crimes homophobes en série est étudiée, aucun océan de tristesse ou de colère ne vient soulever le cœur des Français·es. Combien de temps encore les âmes marginalisées pourront disparaître sans ébranler la continuité du monde ? À ses enfants FAF seulement la patrie semble être reconnaissante.

Lae philosophe Judith Butler l’a écrit, toutes les vies ne sont pas reconnues comme étant également « pleurables ». Alors faut-il pleurer dix fois plus fort pour toutes ces larmes que les hétéros ne verseront pas ? 

Noahm avait 19 ans. 

Il n’y aura pas, pour lui, cette grande et belle vie gay promise dans Tip Toe. On la lui a arrachée avant même qu’elle ne commence. Désormais, il nous faut recueillir nos larmes, voler leur éclat pour faire briller nos armures à paillettes et repartir lutter. Pour que nos petit·e·s cousin•ne•s queers grandissent avec autre chose que la peur au ventre — et conquièrent, enfin, leur immense vie gay.

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