Après les gardes à vues, une solidarité genrée ?
Margaux Bongrand
26 octobre 2026
8 min.

En marge des mobilisations du 17 octobre, des initiatives éclosent de toute part afin de proposer d'autres espaces de lutte. C'est le cas à Toulouse avec de nombreux rassemblements organisés devant le commissariat central ou le Tribunal depuis le début du mouvement lycéen. Un système de solidarité qui se met en place de manière informelle, souvent grâce à des femmes, des personnes queer ou racisées.
Montrer leur désaccord et leur soutien. Ce sont principalement ces raisons qui ont poussé une cinquantaine de personnes (en grande majorité des femmes et des personnes queers) à se réunir, lundi 19 octobre, devant le Palais de Justice de Toulouse. A l'intérieur, sept personnes sont déférées en comparution immédiate après leurs arrestations en marge de la mobilisation du 17 octobre (80 000 manifestant·es à Toulouse selon la CGT, 32 000 selon la Préfecture). 104 personnes ont été interpellées ce jour-là. Des arrestations parfois arbitraires, en fin de journée, alors que le cortège s'est scindé suite à l'impossibilité de terminer le parcours officiel – les forces de l'ordre empêchant le cortège d'avancer. Cela a laissé place à des scènes de répressions violentes aux quatre coins de la ville.
Ces scènes, iels les ont vues ou vécues. Aurore, fatiguée mais déterminée, se présente à ce genre de rassemblement pour la première fois. « Je souhaite faire acte de présence pour montrer qu'il y a du monde en désaccord avec ce qu'il se passe. Que les personnes arrêtées ne sont pas toutes seules. Ils ont leurs amis ou famille, mais aussi des personnes qu'iels ne connaissent pas qui se sentent concernées, qui viennent en soutien et qui ne veulent pas lâcher. » C'est aussi pour ça que Léa* s'est déplacée : « je suis révoltée de ce qui se passe, et donc je cherche des moyens d'action pour continuer la lutte à tout prix, explique-t-elle sur un ton affligé. On est tellement démunies... Il y a une urgence d'action qui fait qu'on est obligé·es de se mobiliser avec le peu d'infos qu'on a. Je suis pour saisir le moindre rassemblement et faire perdurer ce mouvement qui a été énorme. » La jeune femme raconte révoltée la garde à vue d'un ami la semaine passée. Une nuit dans des conditions « déplorables, dit-elle, en slip dans des cellules dégueulasses ».
« Il y a une grande majorité de minorités aujourd'hui, mais aussi parce que ce sont les personnes engagées pour leurs droits. En tant que femme, on subit donc on a pas trop le choix que d'être là. »
— Emma, participante à un rassemblement de soutien.
« Je vis des oppressions qui font que je me mobilise »
Avant le 17 octobre, déjà près de 8 000 personnes ont été placées en garde à vue lors de la mobilisation lycéenne, selon le ministère de la Justice. Face à la violente répression du mouvement social, nombreux.ses sont celles et ceux qui mettent en place des rassemblements, des GAVup (groupes de soutien rassemblés devant les commissariats), des événements festifs ou encore des espaces d'écoute. Ces moments informels sont partagés dans des groupes de discussions privées, souvent entre militantes. C'est ainsi qu'Emma, venue avec deux amies, et Aurore ont entendu parler du rassemblement de ce lundi devant le Tribunal, et qu'elles ont souhaité pour la première fois se déplacer : « Je suis une femme, je suis queer et racisée, descendante d'immigrants... pourquoi je ne viendrai pas apporter mon soutien à tout le monde ? », explique l'une, complétée par l'autre : « Je suis une personne queer, entourée de ma communauté. C'est sûr que je vis des oppressions qui font que je peux me mobiliser un peu plus sur certaines choses. Je pense que beaucoup de collectifs, d'associations, de communautés sont concernées par tout ce qui se passe : les oppressions et les injustices. Elles ont naturellement envie d'apporter des espaces de soutien, de discussion. Des espaces pour militer de plein de manières différentes. »
Ces rassemblements sont en grande partie organisés et relayés par des femmes et des personnes queer engagées, donc elles sont sur-représentées dans l'assemblée du jour, remarque Emma : « Il y a forcément une forme d'entre-soi militant, comme il faut suivre pour avoir l'info. Il y a une grande majorité de minorités aujourd'hui, mais aussi parce que ce sont les personnes engagées pour leurs droits. En tant que femme, on subit donc on a pas trop le choix que d'être là ». Une configuration qui chagrine son amie Sacha. Elle réplique : « Il ne devrait pas y avoir que des personnes concernées par les oppressions et les injustices. Il faut que certain.es viennent en solidarité, même ceux qui ont des privilèges. Ce serait bien qu'on soit solidaires toustes ensemble parce que ça concerne tout le monde, c'est ton rôle en tant qu'humain d'être solidaire avec les autres. »
« Le care est un biais de genre, même si c’est vrai qu’on est plus nombreuses en psycho. Les personnes mobilisées sont celles qui se rendent le plus compte des oppressions, parce qu'elles en subissent. »
— Camille, étudiante en Psycho à l'Université Toulouse 2 Jean-Jaurès
So, so, so : soutien, sociabilité, solidarité
A quelques kilomètres de là, sur le campus universitaire, des étudiant.es en psychologie ont créé la Purple Team la semaine dernière. Un espace d'écoute et de soutien pour les personnes mobilisées dans les mouvements sociaux. « C'était dans l'idée de : qu'est ce qu'on peut faire de notre place pour aider ?, raconte Camille*, l'une des créatrices. On sait que la répression c'est physique, mais aussi psychique et traumatique, donc on voulait filer un coup de main sur ce versant-là. » Une trentaine de personnes, en majorité des femmes, se relaient pour assurer des permanences d'accueil tout au long de la semaine. L'étudiante en master à l'UFR de psychologie remarque aussi que ce sont des femmes qui sont le plus mobilisées dans cette démarche : « Le care est un biais de genre, même si c’est vrai qu’on est plus nombreuses en psycho. Les personnes mobilisées sont celles qui se rendent le plus compte des oppressions, parce qu'elles en subissent. C'est vraiment un truc de solidarité par le bas, parce que plus on monte et moins les minorités sont représentées. »
Une solidarité qui éclot de toutes parts et bien plus que sur les mouvements sociaux précédents dans la Ville Rose. Mis en place pour aider, ces rassemblements et espaces d’écoute donnent aussi un second souffle aux personnes mobilisées. « Ça nous montre qu’on est partout, qu’on est ensemble. On échange entre nous. Cette solidarité est la meilleure arme contre ce monde si violent », conclut Romane*, qui à partagé massivement sur ses canaux les différents rassemblements.
*prénoms d'emprunts
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