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Pressions politiques, harcèlement, exclusions : à l’InterLGBT, une année de tourmente

Morgan Crochet

23 juin 2026

15 min.

En 2025, l’affiche de la marche des Fiertés parisienne est prise dans un scandale politique d’une rare intensité. Les conséquences se sont fait ressentir toute l’année dans la vie de l’Inter-LGBT, association organisatrice. 

Le 3 mars 2026, à 10h, Alexandre Schon, le président de l’InterLGBT, est convoqué par la Direction de la police judiciaire (DPJ) « pour des faits de provocation publique et directe non suivie d’effet à commettre une atteinte volontaire à la vie ou à l’intégrité de la personne commis le 03/06/2025 dans le cyberespace. » En cause, l’affiche de la Pride 2025 dévoilée le 1er juin en partenariat avec le journal L’Humanité. « En tout, avec la prise d’empreintes, ça a duré environ cinq heures », raconte le responsable associatif. « On m’a surtout demandé d’expliquer l’affiche, chaque symbole présent. C’était presque pédagogique. Et c’est ce qui a pris le plus de temps. » Les enjeux sont tout de même de taille, en tant que responsable légal d’une organisation mise en cause Alexandre Schon risque la radiation du métier d’enseignant, et une amende. Pourtant, le CA d’alors choisit de ne pas communiquer sur le sujet.

Aujourd’hui, le militant minimise presque. Il faut dire qu’avec le scandale provoqué par l’affiche, le président de l’Inter-LGBT a déjà été la cible d’une vague de harcèlement : en juin l’année dernière, il a reçu des centaines de menaces de mort, dont une douille de balle dans sa boîte aux lettres. En plus de cette violence politique dirigée contre le responsable de l’inter-associative, la structure elle-même a été durablement fragilisée par une crise interne.

Une affiche 2025 devenue une affaire politique

Depuis sa fondation en 1999, l’InterLGBT fédère une soixantaine d’associations et mène un combat en faveur des droits LGBT. En plus de porter des revendications qui touchent aussi bien à la famille qu’à la santé, aux inégalités ou aux discriminations, l’organisation assume également la responsabilité considérable de coordonner la plus importante Pride de France : la Marche des Fiertés de Paris/Île-de-France. Ce rendez-vous d’ampleur, qui réunit des dizaines de milliers de personnes, est accompagné d’un mot d’ordre, généralement consensuel, et d’une affiche. 

Celle de 2025 clamait « Contre l’internationale réactionnaire, queers de tous les pays, unissons-nous ». Elle réunissait six personnages queers de différentes couleurs (orange, vert, violet, bleu, jaune, chair). Parmi eux un militant d’Act Up, une personne trans, une femme portant un voile et une autre arborant plusieurs symboles allant des Gilets jaunes aux drapeaux de la Palestine, de la Bulgarie et de la Hongrie – les Prides de ces deux derniers pays d’Europe centrale étant menacées par leur gouvernement. Ces personnages marchent gaiement après avoir mis KO un homme dont la croix celtique dessinée sur le cou l’identifie à l’extrême droite. Une partie de la polémique naît de la confusion autour des drapeaux représentés sur l’affiche, et sur cette mise en scène d’une riposte physique. 

Rapidement, Valérie Pécresse, la présidente de la région Île-de-France, exprime sans grande surprise son mécontentement, dénonçant une affiche « qui incite à la violence » et un message « qui peut inciter à des débordements de haine. » Sans sommation, la Région décide de retirer ses subventions à l’événement à hauteur de 25 000€, en plus d’une même somme non versée en 2023. Selon David Perrotin, journaliste chez Mediapart, plusieurs entreprises lui emboîtent le pas : « En plus de PayPal, qui a retiré 10.000 euros, et la RATP, qui a retiré son soutien, Air France, Henkel et Accor ont aussi pris leur distance. Accor, via sa structure Together, a retiré les 13 000 euros qu’il s’était engagé à verser. » La perte financière directe est estimée à 75 000€, avec un podium qui coûte 100 000€.

« Alimentée par ces différents acteurs, cette polémique marque un moment charnière de banalisation des discours homonationalistes dans la sphère médiatique. »

La réaction du gouvernement ne se fait pas attendre, par la voix d’Aurore Bergé : la ministre chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations demande à la Dilcrah (Délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l'antisémitisme et la haine anti-LGBT) de retirer son logo de la Pride. Côté politique toujours, le ministre de l’Intérieur d’alors, Bruno Retailleau, dénonce lui aussi une « incitation à la violence ». Sur son compte X, le vice-président du Rassemblement national (RN) Sébastien Chenu fustige « les marqueurs d'extrémistes », quand le député RN de l’Yonne Julien Odoul présente la Marche comme une : « déambulation de la honte et de la haine de tout ce qui n’est pas l’extrême gauche. »

Plusieurs organisations LGBT aux orientations réactionnaires se joignent aux critiques, dont le groupuscule d’extrême droite Eros, qui se présente comme une « association de lutte contre les dérives idéologiques LGBT et la cancel culture » et Fierté citoyenne, organisation affirmant inscrire son engagement « dans l’universalisme et les principes républicains ». Bien que leur participation à la Pride ait été refusée par l’Inter (comme c’est également le cas cette année), ces deux associations ont tout de même tenté de se rendre à l’événement, ce qui a soulevé des préoccupations concernant la sécurité des participant·es. Eros et Fierté citoyenne sont au final restés cantonnés à des rassemblements à deux endroits différents, hors du défilé officiel.  

Au sujet de l’affiche, Fierté citoyenne diffuse un communiqué dénonçant « des symboles religieux à la charge oppressante ; des références explicites au conflit israélo-palestinien ; un mot d'ordre calqué (sans la moindre subtilité) sur le Manifeste du Parti Communiste, et l'image agressive d'un individu ‘blanc’, représenté comme militant d'extrême droite, pendu par des manifestants eux ‘colorés’ ». Cette lecture est évidemment partagée par plusieurs médias d’opinion proche de l’extrême droite, parmi lesquels Le Point, Valeurs actuelles et CNews. Mathieu Gatipon-Bachette, ancien porte parole de l’Inter-LGBT poussé à la démission en 2022 en raison de positionnements jugés islamophobe et transphobe, et désormais membre de Fierté Citoyenne, accorde même une interview à la télé de Bolloré.

Bien qu’elle ne fasse pas partie de l’InterLGBT, l’association Gaylib publie dans Causeur une tribune signée de sa présidente (Catherine Michaud, conseillère régionale déléguée d’Île-de-France), intitulée « Malgré l’affiche, nous marcherons ! ». Position probablement inspirée par le magazine Têtu, qui a publié quelques jours plus tôt « Laissons là cette affiche, mais pas notre marche », billet dont l’essentiel des reproches vise l’InterLGBT. Alimentée par ces différents acteurs, cette polémique marque un moment charnière de banalisation des discours homonationalistes dans la sphère médiatique.

« Le précédent président de l’Inter a démissionné en mars 2025. Il y a ensuite eu un mois de flottement, où l’Inter a dû se réorganiser. Ça a été très compliqué, puis il a fallu organiser en urgence le Printemps des assoces. C’est ce mois de perdu qui nous a manqué pour organiser les choses correctement. »

Camille*

Derrière le scandale, un processus décisionnel bancal

Attaquée de toutes parts, L’InterLGBT fait également l’objet de critiques internes en raison du processus de validation de l’affiche. 

En effet, c’est un dessin incomplet qui a été proposé au vote lors de la présentation du visuel aux associations membres de l’inter-associative. Publiée par Mediapart, l’esquisse est exempte de couleurs et des symboles qui figureront ensuite sur la version finale. Pour l’artiste Tola Vart, à qui a été confiée la réalisation de l’affiche, il s’agissait d’une base de travail appelée à évoluer avant publication. Les ajouts du pin’s Palestine et de tous les autres symboles « ont été discutés avec les personnes responsables du projet, et qui voulaient donner une vision plus politique de la Pride, plus à gauche que ce qu’elle avait pu être par le passé. »

L’ajout d’éléments politiques, absents du brouillon soumis aux associations, cristallise aujourd’hui encore une partie des critiques. Vice-président de la Fédération sportive LGBT (FSL), Alexandre Ansault estime ne pas avoir eu « la possibilité d’en débattre, et ce n’est pas normal. Il y a eu deux votes “contre”, motivés par la violence s’exerçant sur l’un des personnages. Quant aux votes “pour”, ils égalaient ceux qui n’ont pas souhaité se prononcer. Donc selon les statuts, l’affiche n’aurait pas dû être validée. Il y a eu un forcing ». Le règlement intérieur de l’Inter précise que sauf disposition contraire, les décisions des assemblées générales sont prises à la majorité simple qualifiée, et demande donc « de recueillir plus de voix “pour” que “contre” avec un nombre de votes “blanc” strictement inférieur au nombre de votes “pour” ». En refusant de se prononcer, les associations ont-elles voté blanc ? L’équipe aux manettes en 2025 n’était en tout cas pas de cet avis.

Actif au sein de l’équipe sortante chargée d’organiser la Pride, Camille* replace la séquence dans un contexte de crise interne. « Le précédent président de l’Inter a démissionné en mars 2025. Il y a ensuite eu un mois de flottement, où l’Inter a dû se réorganiser. Ça a été très compliqué, puis il a fallu organiser en urgence le Printemps des assoces. C’est ce mois de perdu qui nous a manqué pour organiser les choses correctement. » Ce contretemps se serait donc répercuté sur le travail autour de l’affiche et le partenariat avec L’Humanité conclut par le CA. « Le journal a proposé qu’on fasse la une, à la seule condition qu’on soit prêt pour le premier lundi du mois de juin en ouverture du mois des Fiertés, ajoute l’ancien élu. Notre plénière a eu lieu un mardi. Et l’on devait rendre l'ensemble du dossier à L’Huma le jeudi… »

Camille* affirme toutefois que les associations ont été informées de ces contraintes avant le vote, et qu’elles ont pris leur responsabilité : « On n’avait que le brouillon, donc on a expliqué aux assos que si elles votaient contre ou demandaient des ajouts ou des modifications importantes, alors on loupait la une. Ce n’était pas grave, mais il fallait juste le prendre en compte. Personne n’a eu le couteau sous la gorge, d’autant que la question de maintenir l’affiche malgré les réactions a par la suite été votée. » 

Selon Alexandre Ansault, des associations auraient tout de même tenté d’obtenir des modifications avant publication, sans succès. « Il y a des questions qui ont été posées, par exemple, est-ce qu'on ne peut pas changer tel ou tel truc dans l'affiche ? On nous a répondu que non, pour des questions de temps. » Plusieurs participants aux discussions internes décrivent également un processus rendu difficile par l’urgence. Responsable de la commission Orientation sexuelle et identité de genre (OSIG) à Amnesty International, Sébastien Tüller évoque des débats écourtés par les contraintes de calendrier. « Comme cette discussion et ce vote étaient hyper contraints, les personnes se sont vite rendu compte que la plupart de leurs remarques ne seraient pas prises en compte. C’est pourquoi beaucoup se sont abstenus, les délais favorables pour prendre une décision ou s'exprimer n’étant pas réunies. »

Crise interne et accusations de harcèlement

Malgré ces non-dits, et compte tenu de l’hostilité extérieure, l’Inter fait front commun durant l’été. L’association affirme même avoir réuni 500 000 personnes lors de la Pride, un succès objectif.

Cette cohésion de façade éclate toutefois en octobre, dans un contexte de fortes tensions internes. À la demande de son président, Alexandre Schon, une commission est mise en place afin d’examiner les faits de harcèlement qu’il affirme subir de la part de trois membres du conseil d’administration : les coordinateurs politique et inter-associatif, ainsi que la vice-présidente. Il leur reproche de restreindre son rôle associatif, d’invisibiliser sa fonction en plus de l’isoler personnellement en lui refusant le droit, par exemple, de se rendre à certains événements en son nom propre. De leurs côtés, les membres incriminés répliquent en lui reprochant certains propos jugés violents, méprisants ou sexistes, un manque de leadership et une vision trop individualiste de l’InterLGBT.

« Cette commission a été mise en place car l’Inter n’a pas de vraies procédures de médiation. »

Sébastien Tüller, Amnesty International

La commission nouvellement créée est composée de militants associatifs et d’anciens membres de l’Inter. Anouk Veyret, alors présidente de Fier·e·s et révolutionnaires, l’association LGBT du Parti communiste français (PCF), s’est déclarée volontaire afin d’intégrer ce comité exceptionnel, dont l’enquête a duré six mois : « Celles et ceux qui ont voulu se porter volontaire ont pu le faire. Après quoi nous nous sommes réuni·es pour élaborer une feuille de route qui a par la suite été soumise au vote. Nous avons ensuite envoyé un questionnaire aux personnes physiques et aux associations afin de recueillir leur avis et leur ressenti sur la situation. » Néanmoins, pour la restitution du rapport, l’ensemble des contributions a été anonymisé, « car nous avons constaté que certaines personnes craignaient des représailles » relève la militante. 

« Cette commission a été mise en place car l’Inter n’a pas de vraies procédures de médiation », explique Sébastien Tüller. Cette solution ne fait cependant pas l’unanimité. « Normalement ce sont les assos qui doivent donner leur avis sur l’Inter, ajoute Alban*, militant présent à cette période. Pas un comité externe qui n’a aucune légitimité, quand bien même il est constitué d’anciens membres. »

Quelques noms bien connus de l’inter-associative ont en effet rejoint la commission, qui prévoit trois types de sanction : l’avertissement, qui reconnaît des dysfonctionnements, la destitution, qui ne permet pas de se représenter à son poste durant un an, et l’exclusion, qui interdit tout bonnement de se représenter par la suite. 

« Pour nous, les faits de harcèlement étaient trop graves, et l’on ne pouvait pas prendre le risque que ces personnes reviennent dans le CA ou à l’Inter. »

Anouk Veyret, actuelle co-présidente de l'Inter-LGBT

Après enquête, les préconisations présentées par la commission en mars vont être scrupuleusement suivies par les associations membres. La vice-présidente, le coordinateur interassociatif et le coordinateur politique d’alors sont exclus. Alexandre Schon, lui, se voit simplement notifié d’un avertissement lui permettant de rester en fonction. Bien qu’élu pour deux ans, il propose toutefois que la présidence fasse l’objet d’élections anticipées en octobre. Militant à l’Inter depuis une dizaine d’années, familier des milieux associatifs, il conteste les faits qui lui ont été reprochés et évoque le climat de pressions quotidiennes qu’il a dû endurer, en plus des charges inhérentes à son poste. En février, l'inter-associative désunie a notamment dû faire face aux velléités de reprise de la marche des Fiertés parisienne par le Centre LGBTQI+.

« Ça faisait plus d’un an que c’était tendu. Avant même qu’Alexandre arrive à la présidence de l’Inter, il y avait eu des démissions d’administrateur·ices », explique Anouk Veyret. Devenue co-présidente de l’Inter-LGBT, elle justifie les exclusions, plutôt que la tenue d’élections anticipées : « Pour nous, les faits de harcèlement étaient trop graves, et l’on ne pouvait pas prendre le risque que ces personnes reviennent dans le CA ou à l’Inter. C’était plus fort d’exclure, au vu de la gravité des faits qui étaient reprochés. »

Démissions en cascade 

Loin de calmer les esprits, cette séquence provoque immédiatement une onde de choc au sein de l’InterLGBT : début avril, quatorze personnes (délégué·es, chargé·es de mission, bénévoles ou coordinateur·rices) démissionnent dans la foulée, en solidarité avec les trois membres du CA exclus.  

« À l’Inter-LGBT, des membres des instances dirigeantes peuvent laisser aux femmes et assignées les tâches ingrates pour se réserver les actions visibles, peuvent systématiquement remettre en cause leur légitimité et leurs compétences, peuvent parler de “sensiblerie” et demander aux femmes “d’arrêter leur cinéma” lorsque celles-ci dénoncent des violences sexistes. À l’Inter-LGBT, on peut avoir été victime de violences sexuelles et s’entendre dire qu’on instrumentalise son vécu à des fins politiques. On peut avoir témoigné d’agressions subies par des personnes d’autres organisations et se voir expliquer qu’on est responsable des mauvaises relations avec les personnes qui vous ont agressé. À l’Inter-LGBT, des membres du Conseil d’Administration peuvent expliquer à des personnes qu'elles n’ont “pas le monopole du syndrome de stress post-traumatique” et accuser les personnes handi d'instrumentaliser leur handicap à des fins politiques » peut-on lire dans un courrier adressé aux membres de l’Inter et aux associations marcheuses.

Ce texte signé des quatorze démissionnaires évoque également plus loin une divergence politique qui motive leur départ : « À un an d’une potentielle accession au pouvoir de l’extrême droite, une partie des associations membres restent bloquées sur l'affiche de la Marche 2025, oubliant la victoire importante face à l'énième tentative d'intégration du cortège par l'extrême droite. (...) Plusieurs associations membres ont ainsi proposé de mettre au vote le dialogue avec l’extrême droite. Là où nous aurions pu nous attendre à une réaction vive du reste des associations membres, il n’en a rien été. »

À ce sujet, Anouk Veyret dénonce un procès malhonnête. Selon elle, si l’extrême droite a bien été mentionnée lors d’une réunion, il s’agissait avant tout de proposer aux associations membres de revoter la (non) participation des entités affiliées. « On trouve beaucoup plus fort de revoter chaque année que nous sommes contre ces associations et partis d’extrême droite, plutôt que ce soit marqué dans les statuts et qu’on nous reproche des positions idéologiques », commente la co-présidente, qui y voit une manière d’affirmer régulièrement leur entente sur ce sujet.

« Je pense qu’il y a une volonté, comme sait très bien le faire L’Autre cercle, de faire du management de la diversité, de ne pas laisser les assos se radicaliser et avoir des revendications un peu trop fortes »

Alban*

Une reprise politique de l’association par les anciens ?

Les démissionnaires dénoncent plus largement une reprise en main politique de l’InterLGBT, menée par les membres de la commission. Ces derniers occupent désormais environ un tiers des postes laissés vacants, dont trois sur les sept rendus disponibles au sein du conseil d’administration élu en avril.

Président de l’association L’Autre cercle, qui œuvre pour l’inclusion des personnes LGBTQIA+ dans le monde du travail, Florian Baratte signe son retour au poste de délégué marche, qu’il s’est engagé à quitter en octobre. C’est également le cas d’Aurore Fourcy, directrice associée Impact & Engagement RSE chez Coca-Cola et désignée « rôle modèle LGBT+ » de L’Autre Cercle en 2020. Ancienne responsable communication, administratrice puis présidente de l’InterLGBT entre 2012 et 2020, elle est aujourd’hui la nouvelle déléguée du pôle interassociatif, notamment chargé de la Marche des fiertés, un poste stratégique important. 

« Si je me sentais sous tutelle, je ne serais pas resté. Je ne suis pas un homme de paille. »

Alexandre Schon, co-président de l'Inter-LGBT

Katia Erine, membre de la commission devenue co-secrétaire générale, intègre le conseil d’administration, ainsi que Laurène Chesnel qui partage désormais la coordination du pôle politique, placé sous l’autorité d’Alexandre Schon. Enfin le poste de coprésidente a été créé pour Anouk Veyret, issue de Fier·es et Révolutionnaires (PCF), qui s’occupe quant à elle de l’inter-associatif.

« On s'est retrouvés avec une commission juge et partie qui a rendu sa copie avec, en tête, de reprendre les postes de ceux qu'elle écarterait. Pour résumer, la commission s'est emparée de l'Inter. Iels se sont distribué les postes », s’insurge Camille*. Un avis là encore partagé par Alban* : « Cette commission a fait entrer le loup dans la bergerie. Ce comité, qui ne devait être que consultatif, s’est imposé dans l’actuel fonctionnement, et à des postes clés. »

« Je ne suis pas certaine qu’on aurait pu organiser le Printemps et la Marche en si peu de temps, sans nos deux coordonnatrices qui ont un réseau et connaissent déjà les interlocuteurs », balaye Anouk Veyret. « Pour moi, les anciens ne sont pas revenus avec une quelconque volonté politique, mais parce qu’ils savent faire énormément de choses et ont depuis longtemps prouvé leur capacité à s’investir dans l’Inter », abonde Alexandre Schon. 

Officiellement, une partie de cette nouvelle équipe n’est que transitoire, et devrait s’occuper de l’intérim jusqu’aux élections d’octobre. Une solution qui ne convainc pas Alban* : « Aurore Foursy connaît très bien les assos, et depuis longtemps. explique-t-il. À travers elle, je pense qu’il y a une volonté, comme sait très bien le faire L’Autre cercle, de faire du management de la diversité, de ne pas laisser les assos se radicaliser et avoir des revendications un peu trop fortes. L'inconvénient avec ce type de profil, c’est qu’ils sont très consensuels en termes de lutte. L’ancienne équipe était beaucoup plus politisée, par exemple sur la question du racisme. »

La création d’un poste de co-présidence de l’Inter est-elle en réalité une mise sous tutelle du président ? « Pour la première fois, on me fait confiance et on me laisse exercer mes responsabilités », écarte Alexandre Schon, qui rappelle que de nombreuses structures sont organisées sur ce modèle. « Avec Anouk, on a reposé un cadre pour tout le monde, afin que chacun puisse travailler sans subir de pression et du dénigrement, comme c’était le cas avant. Si je me sentais sous tutelle, je ne serais pas resté. Je ne suis pas un homme de paille. » Une vision partagée par l’intéressée, qui rappelle également qu’ « il y a déjà eu énormément de coprésidences à L’Inter. On revient juste à un fonctionnement antérieur ». 

De son côté, Sébastien Tüller défend également une lecture pragmatique de la situation. Pour le délégué d’Amnesty, les membres ayant repris des responsabilités sont animés d’une volonté de continuité afin d’assurer les échéances importantes de l’InterLGBT, notamment le Printemps des associations et les événements de juin. Toutefois, il reconnaît aussi les limites de cette logique d’urgence permanente : « Il y a toujours quelque chose qui arrive. En fonctionnant comme ça, on se met nous-mêmes en difficulté. »

Une affiche 2026 consensuelle, sans surprise

L’affiche de cette année a été dévoilée ce jeudi 4 juin. Accompagnée du mot d’ordre « 2027 : solidarité, diversité, LGBT+ & Allié·es », elle représente un bulletin de vote en forme de poing levé et constitué des membres de la communauté LGBT+. 

Alexandre Schon revendique « un texte solide, un mot d'ordre solide, une affiche solide, car voulus et soutenus par l’ensemble des associations. » L’union des associations membres est au cœur des priorités du président de l’Inter : « Pour construire cette affiche, on a mis en place un vrai protocole et un vrai processus qui renoue avec ce qui se passait à l’InterLGBT auparavant, et rétablit la confiance avec les associations. Pour moi, ce qui compte aujourd’hui c’est de remettre du collectif pour faire les choses ensemble. » L’association se targue même « d’un record en termes de dons et de nouveaux bénévoles ». De nouvelles structures auraient même rejoint l’Inter, qui rassemble désormais 60 associations. 

« Pourquoi se réclamer de la République quand les droits des minorités lui ont si souvent été arrachés de haute lutte, et ce au cours d’une histoire faite de résistances, de mobilisations et de conflits sociaux ? »

Outre le fait que L’InterLGBT se doit cette année de rassurer ses partenaires, la création collective de l’affiche ne pouvait évidemment aboutir qu’à un résultat plus consensuel qu’en 2025. En appelant à se réunir dans les urnes contre l’extrême droite (qui n'apparaît pas à l’image), l’inter-associative appelle surtout à l’apaisement communautaire. Cette fois, aucun symbole religieux ou liés à la politique étrangère. Exit les LGBT palestiniens – trop occupés à survivre sous les bombes israéliennes, qui continuent de tomber, ils ne luttent visiblement pas assez pour leurs droits actuellement.  « Nous nous souvenons que ce que nous défendons ici, d’autres le paient de leur liberté ou de leur vie, au Sénégal, aux États-Unis ou en Slovaquie et bien au-delà », proclame le texte d’appel, qui couvre un large spectre de situations et de revendications. Personnes racisées, croyantes, migrantes, précaires, en situation de handicap, âgées ou encore usagères de drogues sont tour à tour citées, comme les thèmes qui vont de la santé à la justice, en passant par l'éducation, les services publics, le droit d'asile, la vie associative, les discriminations ou les libertés publiques. Cette accumulation donne surtout l'impression de chercher à éviter les reproches qui pourraient être formulés sur le manque d’intersectionnalité, mais aussi à faire passer la pilule à certains militants qui risquent de tomber de leur chaise en lisant : « Fondamentalement, nous sommes les héritières et héritiers de l’idéal républicain, et nous en sommes les gardien×nes. »

Pourquoi se réclamer de la République quand les droits des minorités lui ont si souvent été arrachés de haute lutte, et ce au cours d’une histoire faite de résistances, de mobilisations et de conflits sociaux ? Rappelons aussi que l'universalisme républicain, souvent présenté comme un instrument d'émancipation, impose  une norme majoritaire, et n’a de cesse de reléguer au second plan les réalités vécues par celles et ceux qui s'en écartent, et dont beaucoup d’entre nous font partie. Aussi, le mouvement LGBT n’est certainement pas un mouvement de défense de l’idéal républicain, mais bien un mouvement d’émancipation pour toustes. 

La pride de cette année se tiendra le 27 juin 2026, et ne manquera pas de réunir des centaines de milliers de personnes malgré la chaleur écrasante. La marche s’achèvera même avec un podium, comme d'habitude. Ce sera la dernière avant la Présidentielle de 2027. Au-delà de cet événement, le nouveau bureau se contentera-t-il de condenser la parole des associations, au risque de ne faire prévaloir que les dénominateurs communs les plus consensuels ? Ou bien cherchera-t-il à insuffler à l’organisation une vision du monde moins nombriliste, affirmant sa volonté de faire converger les luttes ? En cas d’arrivée au pouvoir du Rassemblement National ces questions s’imposeront à l’Inter avec une urgence nouvelle.

* Les prénoms ont été changés à la demande des personnes témoignant. 

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