Pride de Paris : le Centre LGBTQIA+ a tenté de reprendre l’organisation
Morgan Crochet
22 juin 2026
5 min.

En début d’année, le Centre LGBTQIA+ Paris IDF a tenté de reprendre l’organisation de la marche des Fiertés parisienne, sans concertation avec l’Inter-LGBT.
Depuis la polémique autour de l’affiche 2025 de la Pride parisienne, l’Inter-LGBT a traversé une année de tensions qui a affaibli l’organisation. C’est dans ce contexte qu’en février 2026, le Centre a manifesté, par la voix de son président Thibault Derbré, des velléités de reprendre l’organisation de la manifestation.
D’après les documents qui nous ont été fournis, cette volonté s’est toutefois heurtée à l’opposition des associations membres du Centre. Celles-ci ont refusé de soutenir ce projet mené sans concertation avec l’InterLGBT, arguant de l’impréparation des équipes. A cela s’ajoute un contexte de brouilles personnelles : certains membres exclus du CA de L’Inter sont d’anciens militants du Centre, et iels l’auraient quitté en très mauvais termes avec son président.
« Confier la marche à une association qui dépend autant des financements publics, notamment si on veut garder une Pride militante, est dangereux. »
— Camille*
Ce qui n’était semble toute au départ qu’un conflit interne au centre LGBT s’est donc répercuté sur les relations entretenues par les deux associations parisiennes, jusqu’à atteindre un point de rupture : en novembre 2024, le Centre LGBTQIA+ Paris Île-de-France a mis fin à son adhésion à l’InterLGBT et exclu cette dernière de ses membres.
Le climat conflictuel s’est encore détérioré lors du Printemps des assoces 2025. Une altercation entre le président du Centre et plusieurs membres de l’Inter aurait nécessité l’intervention de tiers. Dans ce contexte de rupture du dialogue, le Centre n’a ensuite pas été autorisé à défiler pendant la dernière Pride, les organisateurs estimant qu’il devenait difficile d’organiser et de garantir la sécurité de toustes dans ces conditions.
« Le Centre LGBTQIA+ de Paris est en position de force, parce qu'il a momentanément des ressources financières très importantes du fait de la Dilcrah, qui lui permettent d’avoir des salariés, analyse Camille*, membre de l’équipe sortante de l’Inter. Mais confier la marche à une association qui dépend autant des financements publics, notamment si on veut garder une Pride militante, est dangereux. »
Le Centre n’a pas souhaité nous rencontrer, préférant répondre à nos questions par écrit, avant d’opter pour « réponse construite ». Dans ce communiqué, l’association laisse entendre que les relations avec l’InterLGBT se seraient apaisées depuis la réorganisation. Une information corroborée par les co-président·es Anouk Veyret et Alexandre Schon, qui ont également recontacté la Région et la Dilcrah afin d’apaiser les tensions liées à l’affiche 2025 et repartir sur de nouvelles bases. « On a effectivement calmé les choses, et discuté calmement des griefs de part et d’autre afin de pouvoir envisager l’avenir, explique Anouk Veyret. Cette année, le Centre a eu un stand au Printemps des assoces, et tout devrait rentrer dans l’ordre. »
« Il s’agissait d’une démarche de précaution, non d’un projet alternatif ni d’une volonté de concurrence. »
— Communiqué du Centre LGBTQ+
Concernant le projet de reprise de la Pride, voici ce qu’écrit Thibault Derbré : « L’Inter LGBT a connu plus récemment un moment difficile. Depuis, une nouvelle équipe s’est installée, avec laquelle le Centre travaille aujourd’hui, et nous nous en réjouissons. C’est dans ce moment de crise traversé par l’Inter et face aux inquiétudes remontées de l’écosystème quant à la tenue d’un rendez-vous aussi essentiel que la Marche des fiertés parisienne, que le Centre a pris le temps d’une réflexion sur la manière dont il pourrait, le cas échéant, prendre ses responsabilités si une défaillance survenait. Il s’agissait d’une démarche de précaution, non d’un projet alternatif ni d’une volonté de concurrence. Les semaines suivantes ont montré que cette hypothèse n’avait plus lieu d’être et nous nous en félicitons. »
Ce n’est pourtant pas la réorganisation, qui s’est faite ensuite, qui a fait reculer le Centre et son « plan de sauvetage », mais bien le refus des associations membres de s’engager dans une manœuvre risquée, sans expérience préalable.
Mais ce communiqué met surtout en lumière les contraintes politiques qui pèsent sur le centre, du fait de la dépendance de son fonctionnement aux financements publics. Sans surprise, sa position reste donc particulièrement prudente sur le sujet délicat de l’affiche de 2025, et sur la critique, légitime, du retrait du financement de la Région Île-de-France : « L’Inter LGBT est pleinement souveraine dans ses choix militants, politiques et esthétiques. C’est même sa raison d’être que de les porter. Les collectivités territoriales, de leur côté, bénéficient du principe constitutionnel de libre administration et sont souveraines dans leurs choix de financement ; nous regrettons toujours, par principe, qu’une association de défense des droits humains perde un soutien public, et signalons simplement que le Centre lui-même a par le passé perdu des subventions régionales, non pour des raisons de ligne politique mais pour des questions de gestion interne. »
Dans sa réponse, le Centre, que nous avons interrogé sur de probables divergeances avec l’InterLGBT sur la question de l’intersectionnalité, semble ignorer sciemment ce qui fut au cœur des débats l’année dernière sur ce sujet, et dans les mots d’ordre de nombre de Prides, à savoir le soutien des LGBT au peuple palestinien, et plus particulièrement au martyr des LGBT Gazaouis. Formulée en début d’année, ma proposition d’organiser au Centre une rencontre avec Jean Stern, auteur de Mirage gay à Tel-Aviv, est en tout cas restée lettre morte.
Les tensions entre acteurs du monde associatif LGBTI ne sont pas rares, et la menace de l’extrême droite comme les événements internationaux viennent accentuer des lignes politiques, parfois jusqu’à la fracture. Ainsi, cette année, à Lyon, le Centre LGBTI+ a pris la décision d’organiser une marche concurrente à celle du Collectif Fierté en lutte, son organisateur historique jugé trop intersectionnel.
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* Prénom modifié.
Image à la Une : Marche des Fiertés 2025 © Phillippe Charles
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