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Rassemblement en hommage aux victimes de l’attentat de Berlin : « Notre solidarité est à l’image de notre tristesse, sans frontières »

Arya Meroni

28 juillet 2026

5 min.

À Paris, des organisations militantes et des membres de la communauté queer se sont réuni·es en solidarité avec les victimes de l’attentat homophobe de Berlin, mais aussi contre les tentatives de récupération politique de la droite et de l’extrême droite, sur fond d’islamophobie et d’homonationalisme.

Lundi 27 juillet, 18 heures, place de la République, à Paris. Une centaine de personnes sont rassemblées au pied de la statue. Au centre, une banderole tenue par quelques militant·es affiche un slogan sans équivoque : « Contre le pinkwashing, le gouvernement et tou·tes les réactionnaires, notre fierté, c’est la lutte. »

Lisa, porte-parole du collectif Féministes révolutionnaires (FemRevs), à l’initiative de l’appel, invite les organisations présentes à prendre la parole, puis lance quelques slogans. Les personnes réunies entonnent alors : « Y en a assez de cette société qui assassine les trans, les gouines et les pédés », puis : « So, so, so, solidarité avec les queers du monde entier. » Au bout de quelques minutes, les prises de parole commencent.

La militante des FemRevs rappelle d’abord les faits : samedi soir, à l’issue de la Pride de Berlin, une personne a foncé sur la foule avec sa voiture, tuant une personne et en blessant plusieurs autres. « Samedi, la haine contre nos communautés a de nouveau tué. » Elle souligne ensuite que cet acte n’est pas isolé : « On se souvient de l’attentat du 12 juin 2016 contre une boîte de nuit à Orlando, aux États-Unis, mais aussi de celui du 25 juin 2022 à Oslo, en Norvège, là encore devant une boîte de nuit. »

Les interventions d’une militante du Collectif Insurrection Trans (CIT), de Du Pain et des Roses (DPDR), de l’Organisation Solidarité Trans (OST) et des Inverti·e·s abondent toutes dans ce sens. Si 65 pays criminalisent encore aujourd’hui l’homosexualité, en France aussi, l’homophobie tue. Cette année, Caroline Grandjean est morte des suites du harcèlement lesbophobe qu’elle subissait, tandis que Noham a été assassiné à Metz quelques semaines plus tôt. En début d’année, Joëlla, une femme trans, mourait poignardée à Nouméa, en Kanaky occupée par la France. Il y a moins d’un mois, enfin, le corps d’Andrea était retrouvé sans vie à Angers.

« Depuis vingt-quatre heures, celles et ceux qui s’opposent à nos droits — les nationalistes et les réactionnaires — tentent de récupérer cet attentat pour nourrir leur propre haine. »

Lisa, porte parole des Féministes Révolutionnaires

Ces événements rappellent que les meurtres de personnes LGBTI+ se produisent partout dans le monde et sont commis par des individus aux profils très divers. C’est précisément cette réalité que le récit homonationaliste cherche à effacer en concentrant la menace sur une population désignée.

Après l’attentat contre la Pride de Berlin, Jordan Bardella, président du Rassemblement national, s’est ainsi empressé d’invoquer la « menace islamiste » qui pèserait sur l’Europe, tandis qu’une représentante de l’AfD, principal parti d’extrême droite allemand, mettait en cause la politique migratoire du pays. Le fait que le suspect, Abdul Ballout, ait tenté de rejoindre l’État islamique a servi de point d’appui pour transformer l’attaque en procès contre les politiques d’accueil et les populations musulmanes.

Dans sa prise de parole, Lisa s’oppose fermement à ces récupérations : « Depuis vingt-quatre heures, celles et ceux qui s’opposent à nos droits — les nationalistes et les réactionnaires — tentent de récupérer cet attentat pour nourrir leur propre haine. » L’ensemble des organisations présentes au rassemblement partagent ce constat. La militante du CIT refuse ainsi « que cet événement serve un agenda raciste et islamophobe ». « Depuis plusieurs années, nos communautés queers alertent sur la montée des violences, sans réaction de la part des responsables politiques », poursuit-elle.

« Le même jour, la police berlinoise attaquait et frappait des personnes queers et migrantes lors de la Pride radicale de Berlin. »

Sasha, militante à Du Pain et Des Roses

L’instrumentalisation de cette tuerie homophobe ne vient toutefois pas uniquement de l’extrême droite. Sur X, Kai Wegner, maire de Berlin, évoque une attaque contre « notre société libre ». Une déclaration empreinte d’« hypocrisie » et de « cynisme », selon Sasha, militante à DPDR. Elle rappelle que la CDU, parti de droite au pouvoir en Allemagne, et le chancelier Friedrich Merz ont récemment multiplié les prises de position hostiles aux personnes LGBT+.

« Friedrich Merz a soutenu le retrait du drapeau LGBT du Bundestag, estimant que le Parlement allemand “n’est pas un cirque”. Il a également approuvé la décision de Donald Trump de ne reconnaître légalement que deux sexes, une offensive transphobe et patriarcale, et s’est opposé à l’autodétermination des personnes trans en Allemagne. »

Ce double discours de la chancellerie allemande constitue une nouvelle illustration des stratégies homonationalistes : les personnes migrantes et musulmanes sont érigées en figures par excellence de l’homophobie, tandis que des politiques répressives visant les communautés queers sont développées dans le même temps.

Face aux violences subies par les communautés queers partout dans le monde, mais aussi à leur instrumentalisation politique, les organisations présentes appellent d’une même voix à la résistance et à l’auto-organisation. Pour les Inverti·e·s, une police « qui tue dans les quartiers » et « traque les travailleuses du sexe » ne pourra jamais se tenir du côté des personnes LGBT+.

Une information rapportée par Sasha semble illustrer ce constat : « Le même jour, la police berlinoise attaquait et frappait des personnes queers et migrantes lors de la Pride radicale de Berlin. »

Et Lisa de conclure : « Notre solidarité est à l’image de notre tristesse : sans frontières. »

Jeudi 30 juillet à 18h30 au mémorial aux victimes homosexuelles de la déportation et à toutes les personnes LGBTQIA+ persécutées à travers l'Histoire (Paris 12), l’inter-LGBT organise un moment de recueillement.

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