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Santé trans : agir ensemble ou tout perdre

Tribune

11 septembre 2026

8 min.

Dans cette tribune signée par plusieurs professionnel-le-s de santé, chercheur.euses, journalistes ou créateur.ices de contenu, l’Espace Santé Trans alerte sur sa situation économique. Dans un contexte où l’action de cette association est vitale pour la communauté trans, elle lance un appel aux dons afin de récolter 100 000€ avant 2027.

Depuis 2015, l’Espace Santé Trans se bat pour faire vivre et développer la santé mentale des personnes trans en Ile-de-France, mais aussi de plus en plus dans toute la métropole. Nous contribuons à mettre en avant les meilleurs standards de soins pour les personnes trans, en diffusant et en faisant avancer la recherche. Nous, membres, partenaires, bénéficiaires et ami·es de l’association Espace Santé Trans, alertons sur sa situation économique : pour concevoir son avenir sereinement, notre association a besoin de trouver 100.000 € avant 2027. Nous voyons souvent les allié·es des personnes trans se mettre en avant, faire de la pédagogie, ou s’en prendre à telle ou telle célébrité transphobe : ça ne suffit plus. Nous avons besoin de votre solidarité.

Aurore Bergé et avec elle le gouvernement semble faire un pas dans une direction depuis longtemps demandée par les associations, en promettant la déjudiciarisation du changement d’état civil pour les personnes trans.

Pourtant, cette annonce intervient dans un moment politique particulier, marqué par les blocages et le lancement de la campagne présidentielle. Dans ce contexte, il semble très improbable que cette annonce soit suivie de mesures concrètes. Le gouvernement renvoie donc les droits des personnes trans à l’ordre du symbolique, qui ne coûte rien.

« Un testing de l’association Fransgenre a révélé que 85% des endocrinologues sondés refusaient par principe les patient·es trans. Les personnes trans sont plus exposées que la moyenne à la précarité, aux risques suicidaires, et aux renoncements aux soins. »

Pendant ce temps, la situation des personnes trans en France reste marquée par l’urgence : des enquêtes toujours plus nombreuses continuent de révéler que cette population est marquée par les difficultés d’accès aux droits, aux soins, et à la dignité. D’après une enquête de l’Agence européenne des droits fondamentaux, 64% des personnes trans interrogées avaient subi des discriminations liées à leur transidentité. Un testing de l’association Fransgenre a révélé que 85% des endocrinologues sondés refusaient par principe les patient·es trans. Les personnes trans sont plus exposées que la moyenne à la précarité, aux risques suicidaires, et aux renoncements aux soins.

Discriminations croisées, formes spécifiques d’agressions et de micro-agressions, méconnaissances de la part des spécialistes, causées par le manque de formation comme par les préjugés, parcours administratifs complexes... les problématiques auxquelles fait face la communauté trans ne manquent pas. Ces situations viennent s’ajouter à un manque de ressources structurel : les injections de testostérone font régulièrement l’objet de pénuries, et les injections d’oestrogènes, plébiscitées par les patientes, sont inaccessibles dans le circuit pharmaceutique français. Les opérations sont trop souvent l’objet de refus de remboursements, quand le parcours public n’est pas simplement bouché par manque de soignants. Quant à la santé ordinaire des personnes trans, elle est généralement ignorée.

Il ne suffit pas, en effet, que quelques chirurgien·nes prennent en charge des personnes trans dans des hôpitaux ou des cliniques privées. Notre communauté a besoin d’accès à la médecine de ville, à la gynécologie, et à tous les autres domaines de la santé. En 2023, dans une affaire très médiatisée, une femme trans ayant besoin de réaliser un test de cancer du sein avait ainsi été insultée par un gynécologue, et s’était vue recommander d’aller consulter… un spécialiste du pénis.

Ces discriminations sont aggravées par la campagne anti-trans mondiale. En France, plusieurs propositions de loi anti-trans ont été déposées à l’Assemblée Nationale, visant notamment à interdire les soins aux enfants trans. Des pressions judiciaires, du lobbying, des affaires médiatiques sont montées tous les jours contre les droits des personnes trans. Et toutes les associations trans en France voient avec inquiétude la perspective de 2027, année durant laquelle toutes les avancées gagnées de dure lutte par les mouvements LGBT et féministe pourraient être mis en danger, comme nous le voyons aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, où les personnes trans sont sur le point d’être bannies de l’espace public. Il faut préparer l’avenir, et garantir le présent.

« En 2025, la permanence d'écoute psychologique a organisé 47 permanences d’écoute, chaque vendredi de 14h à 18h, soit 177 rendez-vous. »

Dans ce contexte, il est vital de maintenir des espaces de solidarités et d’accès à la santé pour permettre aux personnes trans de vivre dignement. Aujourd’hui, l’Espace de Santé Trans est en danger : nous avons besoin de votre mobilisation afin de pérenniser notre structure unique en son genre !

Les personnes trans ont besoin d’accompagnement dans leurs démarches administratives, de soutien psychologique, notamment face à des expériences de violences médicales ou sexuelles traumatisantes, d’occasions de reconstruire une vie sociale qui est trop souvent détruite à cause de la transphobie, d’entendre des expériences similaires aux leurs, et elles ont besoin de personnes expertes, reconnues, prêtes à se battre pour elles face à un système qui utilise souvent la renommée scientifique comme excuse pour ignorer les besoins des patient·es.

Fournir toutes ces aides est notre raison d’être, dans tous les pôles de notre association, qu’il s’agisse du pôle permanence psychologique, du pôle médiation, ou du pôle formation. L’association se démarque en effet des autres associations qui militent pour les droits des personnes trans par un focus tout particulier autour des enjeux de santé, notamment de santé mentale, aussi bien directement auprès des bénéficiaires qu’indirectement auprès des professionnel·les de santé qui accueillent ce public en libéral ou en institution (services psychiatriques, services d’accueil d’urgence,...).

Ainsi, à la permanence psychologique, nos professionnel·les de santé bénévoles accueillent et orientent des personnes, souvent éloignées du soin depuis longtemps, vers un réseau de professionnel·les de santé actualisé régulièrement en fonction des retours d’expérience que nous recueillons. En 2025, la permanence d'écoute psychologique a organisé 47 permanences d’écoute, chaque vendredi de 14h à 18h, soit 177 rendez-vous.

Au pôle médiation, des bénévoles interviennent de manière plus resserrée auprès des personnes les plus isolées, accompagnant dans leur accès à la santé et aux soins, dans leurs démarches administratives, comme le dossier MDPH, ainsi que dans le soutien moral. Nous organisons aussi différents groupes de parole. Historiquement, il y a le groupe de parole « Trajectoires Trans », qui rassemble jusqu’à 10 participant·es par session, un projet de pair-aidance où des personnes en non-mixité se retrouvent sur le temps long, leur permettant de réfléchir et d’explorer leur parcours de transition de façon approfondie en bénéficiant d’un soutien appuyé de personnes aux vécus similaires. En 2025, des motivé·es ont également créé un groupe de parole sur les violences sexuelles et sexistes qui a rassemblé jusqu’à 15 personnes différentes sur l’ensemble des sessions organisées, avec un maximum de 10 participant·es par session. Nous contribuons également à la plateforme « Trajectoires Jeunes Trans », un dispositif de pointe dans l’accompagnement des mineur·es trans, qui est financé par l’ARS Ile-de-France, et qui rassemble professionnel·les de santé, associations d’usager·es et chercheur·euses soucieux·ses d’améliorer l’accès et la qualité des soins.

Enfin, les professionnel·les du pôle formation interviennent le plus auprès d’équipes du champ de la santé mentale : hôpitaux de jour, services psychiatriques, centres médico-psychologiques. Depuis la création de l’association, nous avons formé plus de 1 000 professionnel·les du champ médico-social, et organisons des groupes d’échanges de pratiques leur permettant de mettre leurs expériences en commun, avec le conseil d’expert·es reconnu·es.

« Nous n’avons pas le sponsoring de milliardaires comme Elon Musk, JK Rowling, ou Vincent Bolloré pour nous parrainer. Nous comptons sur vous. »

Malheureusement, toutes ces activités ont un coût. Chaque jour, nous rencontrons des familles, des allié·es, des compagnons et compagnes de route des luttes LGBT qui nous demandent comment apporter un soutien réel aux personnes trans. Nous avons vu se multiplier les initiatives de soutien symboliques : signature de tribunes et de pétitions, t-shirts et badges de soutien, inclusion des couleurs de notre drapeau, posts innombrables sur les réseaux sociaux. Mais aider les personnes trans demande aussi des efforts matériels !

Pour poursuivre ses activités dans un contexte de baisse des financements, nous devons lever 100.000 euros avant janvier 2027. Cette somme nous permettra de maintenir nos projets et de continuer à accompagner les personnes trans qui en ont besoin. Nous n’avons pas le sponsoring de milliardaires comme Elon Musk, JK Rowling, ou Vincent Bolloré pour nous parrainer. Nous comptons sur vous.

Lien vers la cagnotte : https://www.helloasso.com/associations/espace-sante-trans/collectes/campagne-de-dons-2026

Signataires :

Alexandre Vairinho, chirurgien plasticien

Alexis Ferro, Psychologue clinicien/Psychanalyste

Alix Béranger, psychologue

Angéline Charmet, psychologue

Angélique Robert, Psychologue clinicienne

Annie Pullen Sansfaçon, professeure titulaire, École de travail social de l’Université de Montréal et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur la recherche partenariale et l’empowerment des jeunes vulnérabilités

Armelle Grangé-Cabane, médecin généraliste, membre du ReST Ile-de-France

Axelle Romby, sexologue et psychotherapeute, Université Paris Cité

Boulet, artiste-auteur

Camille Vidal, psychiatre et thérapeute de couple / de famille

Caroline Janvre, psychologue

Celia Djob, psychomotricienne

Céline Rogez, assistante sociale

Chrystelle Lagrange, psychologue clinicienne, docteure en psychologie, membre de TJT, du ReST Ile-de-France

Clémence Delcour, gynécologue médicale

Emilie Plantive-Pochon, psychologue clinicienne

Florence Bigey-Eckert, psychologue clinicienne

Florence Lelièvre, médecin gynécologue et sexologue, Centre Hospitalier Intercommunal de Villeneuve St Georges, membre de TJT et du ReST Ile de France

Garance Gribé, infirmière sexologue, université Paris Cité

Hélène Rogozyk, medecin généraliste, membre de TJT, du ReST Nationale et Ile de France

Julia Cyroulnik, psychologue clinicienne

Julie Brunelle médecin pédopsychiatre, hôpital Pitié Salpêtrière

Karine Espineira, sociologue, Université Paris Nanterre

Lan Therbault, psychologue

Lisa Minier, psychologue

Lise Morin, psychologue clinicienne

Loïc Roullaux, Psychopraticien et Analyste psycho-organique en libéral

Lou Guillot, psychologue clinicien

Margorito, créatrice de contenu

Margot Mahoudeau, Autrice et présidente de l’EST

Marie Msika Razon, médecin généraliste, membre du ReST Ile-de-France

Marion Coville, enseignant-chercheur, référent égalité, Université de Poitiers

Maud-Yeuse Thomas, chercheure indépendante

Mina Minvielle, psychologue

Morgane Auriche, gynécologue médicale, membre du ReST Ile-de-France

Neile Quentin, Psychologue clinicienne

Nicolas Hénin, auteur, chercheur

Orèn Aubart, président du Réseau de Santé Sexuelle Publique (RSSP) - interne en médecine interne, sexologue

Ostpolitik, chroniqueur et streameur

Raven Bureau, docteur en psychologie, psychologue - psychothérapeute

Remi Cappanera, médecin généraliste, membre de TJT et du ReST île de France.

Réseau de Santé Trans (ReST)

Robine Anders, Gestalt Thérapeute et formateurice en prévention primaire des violences fondées sur le genre

Silvia Lippi, psychanalyste

Soan Eloy, militant et créateur de contenu

Sophie Le Goff, médecin généraliste, membre du ReST Ile-de-France

Vincent Warnery, conseiller conjugal et familial - formateur à l’accueil et l’accompagnement des personnes transgenres

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