En région, les centres LGBTQIA+ sont la cible de l’extrême droite
Elie Hervé·Apolline Bazin
27 octobre 2026
10 min.

Six centres LGBT+ ont été visés par l'extrême droite en 2026. Ces attaques, souvent répétées et ciblées s'inscrivent dans un contexte plus large d’actes violents visant des personnes ou des lieux queers.
Une série d’enquêtes en partenariat avec le média indépendant StreetPress
Tentatives de cambriolage, dégradations, attaques des locaux, tags néonazis… « Entre mi-décembre 2025 et fin février 2026, nous étions à une agression de l’extrême droite par semaine », rapporte une personne du centre LGBTQIA+ de Lille (59) J’en suis j’y reste. La première fois, c’est une « petite partie de la vitre » qui est détruite, détaille l’association qui gère le lieu :
« On a mis un carton dessus et peu après on a reçu un parpaing. »
Quelques jours plus tard, le 6 février, un disque en fonte est envoyé dans la seconde fenêtre du centre. Dessus, des croix celtiques ont été dessinées. Les dégradations par l’extrême droite à Lille touchent plusieurs lieux de gauche cette nuit-là, comme l’a rapporté StreetPress. « Ce ne sont pas uniquement des attaques queerphobes, mais aussi des attaques racistes », continue J’en suis j’y reste qui accueille régulièrement des permanences à destination des personnes trans comme des personnes qui font des demandes d’asile.
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79 attaques d’extrême droite contre les LGBTQIA+ en 2026
En 2026, les médias Problematik et StreetPress ont décompté 79 faits d’attaques envers la population LGBTQIA+ par l’extrême droite. Si elle n’est pas la seule responsable des LGBTphobies, ces actes sont en progression. Agressions dans la rue ou à leur domicile, cyberharcèlement lancé par des responsables politiques du Rassemblement national ou de Reconquête, centres LGBT+ visés ou censures d’artistes queers... Face à ces faits, nos deux médias se sont associés pour une série d’enquêtes :
Article 1, « Au moins 79 attaques d’extrême droite contre les LGBTQIA+ en 2026 »
Article 3, « En région, les centres LGBTQIA+ sont la cible de l’extrême droite »
Article 4, « Les artistes LGBT sous pression des catholiques intégristes »
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Une série d’attaques en février 2026
Une semaine après cette irruption, le militant d’extrême droite, Quentin Deranque meurt à Lyon (69) après une rixe avec des antifascistes. L’affaire ouvre une séquence politique où toute la gauche est mise sous pression. Dans les jours qui suivent, les centres LGBTQIA+ sont la cible d’une série d’attaques dans la France entière. À Maubeuge (59), la façade du centre a été recouverte de tags néonazis. Tout comme au Mans (72), qui a vu sa devanture dégradée à plusieurs reprises. Régulièrement, des autocollants du groupe monarchiste Action française ou du collectif homonationaliste Eros sont aussi collés sur les centres ou à proximité. À cette même période, un autre centre a été victime d’attaques de l’extrême droite, mais ne souhaite pas rendre cela public.
À Lille, en plus des vitres cassées, le voisinage a surpris, à plusieurs reprises, un groupe de six hommes blancs habillés et cagoulés essayant d’entrer dans le centre LGBTQIA+ J’en suis j’y reste. « La plupart de ces attaques ont été revendiquées par des tags », explique l’asso. Certaines se seraient également « déroulées en marge de rassemblement néonazi » ou identitaire. Le 18 février à 20h30, le lieu est de nouveau attaqué. Alors que les bénévoles de l’association sont dans le local, des feux d’artifice transpercent les cartons et explosent à l’intérieur. Plusieurs personnes tentent de forcer la porte, fermée à clé. Ils finissent par partir puis par revenir une demi-heure plus tard, en essayant de forcer à nouveau la porte. Le lendemain, sept personnes reviennent sur les lieux et envoient un parpaing sur un groupe de bénéficiaires du centre. L’asso détaille : « C’est une nouvelle usagère du lieu qui a été visée. Heureusement, ce parpaing est arrivé à ses pieds. Mais elle, elle n’est jamais revenue. »
Si ces attaques peuvent paraître coordonnées, Aymeric Martin, vice-président de la Fédération nationale des centres LGBTQIA+, rappelle qu’il suffit d’une personne pour taguer des symboles néonazis :
« L’objectif est aussi d'empêcher le recrutement de bénévoles et donc l’organisation collective. »
Quelques mois plus tard, en juin, c’est au tour de La Roche-sur-Yon (85) d’être victime d’une intrusion. Dans le fief de Bruno Retailleau – candidat du parti Les Républicains (LR) à l’élection présidentielle – le centre LGBTQIA+ ainsi que le Planning familial et l’association Francas ont été la cible d’évangélistes. « Le jour où on a rouvert les permanences pour les personnes trans, deux hommes et une femme sont entrés dans le centre et ont proféré des propos homophobes, transphobes et anti-avortement », explique Chloé, porte-parole de Trans Inter action, collectif associé au centre. Les trois personnes ont lancé des messages en lien avec la religion catholique comme : « L’avortement doit être aboli au nom de Jésus-Christ » ou encore « Les homosexuels sont des satanistes ». Des plaintes ont depuis été déposées par les associations et la mairie, qui précise que la ville assiste à des attaques ponctuelles de groupuscules d’extrême droite » depuis plusieurs années. Sollicitée par Problematik et StreetPress, l’ONG Amnesty International rappelle :
« Nous sommes dans un moment d’affaiblissement des associations LGBT alors que les mouvements anti-genre sont très bien structurés et financés. »
Au printemps 2025, le centre de Rennes (35) a aussi été victime d’actes de vandalisme. La serrure a été engluée et les fenêtres ont été barbouillées de peinture blanche. Un collectif d’extrême droite a revendiqué l’attaque sur les réseaux sociaux.
Du happening au cyberharcèlement
Il arrive aussi que les attaques de l’extrême droite commencent par de la désinformation en ligne. En février 2026, le centre LGBTQIA+ de Lyon en a été victime. Deux activistes du collectif homonationaliste Eros – dirigé par Yohan Pawer – poussent la porte du centre, avec une caméra cachée, et s’approchent de la bénévole présente ce jour-là à l’accueil pour tenter de la piéger. « Ça arrive régulièrement qu’on se fasse agresser par des personnes issues de l’immigration », lance une militante du duo. Elle essaie de faire dire à la bénévole que les immigrés sont les principaux responsables de la queerphobie. Une donnée factuellement fausse. La bénévole leur explique calmement que les attaques viennent surtout de Français blancs. La phrase est isolée par le collectif et la vidéo postée en ligne en citant nommément le centre et en donnant son emplacement à Lyon. Aymeric Martin, qui est co-président du centre LGBTI de Lyon et de Dijon, se rappelle des conséquences :
« On a reçu des menaces en cascade, notre bénévole a été menacée de viol, de meurtre, de torture. »
Pendant plusieurs jours, les raids en ligne pleuvent sur le centre qui peine à y faire face. L’événement s'inscrit dans un contexte plus large où les drapeaux sur la devanture du centre sont régulièrement arrachés et les portes dégradées avec des symboles néonazis. À tel point qu’en janvier 2026, la préfecture a fait un post Facebook pour apporter son soutien au centre après une série d'attaques :
« Ce dernier mois, le Centre LGBTI de Lyon a fait l’objet de nombreux actes de haine et de vandalisme, écrit la Préfecture Auvergne-Rhône-Alpes. Par ces actes inadmissibles, les auteurs s’attaquent à la République. »
En quelques heures, ce post a reçu plusieurs messages homophobes de la part de militants d’extrême droite.
Une plainte contre Eros
Cela fait des années que Lyon est la ville la plus concernée par les violences d’extrême droite. Si les locaux qui pullulaient dans la capitale des Gaules au mitan des années 2010 ont été fermés, la ville est toujours le théâtre d’agressions racistes, queerphobes ou politiques. Le climat est encore pire depuis la mort du militant néofasciste Quentin Deranque en février dernier. Les tensions liés à sa mort ont amené Aimel, association d’aide aux personnes exilées LGBTQIA+, et Le Bon Queer, une association d’entraide communautaire, à annuler une soirée de levée de fonds en mars 2026, pour des questions de sécurité. « On est tout ce que déteste l’extrême droite : des immigrés et des personnes LGBT », pose Elie, ancien bénéficiaire devenu bénévole à Aimel. « On ne pouvait pas se permettre de mettre en danger nos bénéficiaires », ajoute Cédric, bénévole à Aimel, auprès de StreetPress.
Le centre LGBTQIA+ a lui aussi été contraint de fermer. Le jour de la marche pour Quentin Deranque, organisée par une militante anti-avortement et mariée à une figure néofasciste, le collectif Eros reposte la vidéo du centre et enclenche un nouveau raid. Le co-président Aymeric Martin détaille :
« La préfecture nous a demandé de fermer et d’enlever tous les signes extérieurs de reconnaissance le jour de cette marche pour éviter une attaque ciblée. »
Pour lui, cette stratégie du collectif homonationaliste vise à silencier les militants LGBTQIA+. « Cela permet d’envoyer le message que nous n'avons pas notre place dans l’espace public ni en ligne », continue-t-il. « L’idée est de nous mettre en insécurité, de nous donner la sensation qu’il n’y a aucun endroit sûr pour nous. Ce mouvement réactionnaire tente de nous faire taire et d'empêcher l’engagement militant par crainte d’être victimes de violences. » Depuis, le centre a porté plainte contre Eros.
Fake news à Nice
À Nice, le même procédé a été utilisé un an plus tôt par Eros lors du Nice Rainbow Festival, en mai 2025. Organisé par le centre LGBTQIA+ Côte d’Azur et soutenu par la mairie de Nice (06), le festival s'ouvre autour d’un village associatif et se clôt sur une Pride. Eros tente de créer une polémique dans une vidéo, postée le lendemain du festival. Selon eux, le Planning familial aurait parlé de mycose à des enfants ou un stand de livres pornographiques aurait été accessible aux mineurs. Un classique de l’extrême droite, qui utilise régulièrement les enfants pour faire avancer son agenda politique sur les sujets queers. Le groupuscule est néanmoins pris la main dans le sac à mensonges. Le maire de Nice de l’époque Christian Estrosi – remplacé depuis par Eric Ciotti – dénonce des « propos diffamatoires, des extraits sortis de leur contexte ». « Je ne laisserai pas le nom de Nice être sali par la haine et la malveillance. » De son côté, le centre parle de « montages manipulateurs » pour « faire croire que l'événement visait à nuire aux enfants ». Il ajoute dans un communiqué :
« Les fascistes nous en veulent, mais ils ne nous font pas peur. Nous leur ferons face, et ils nous trouveront sur leur chemin. »
Après un dépôt de plainte, le fondateur du collectif Eros a été mis en examen au début de l’été. Contactée, la ministre déléguée chargée de la lutte contre les discriminations, Aurore Bergé, a répondu que les centres « doivent être renforcés et évidemment protégés car les attaques et les violences dont ils font l’objet sont inacceptables et ne peuvent en aucun cas être tolérées ».
Image à la Une : © Hélène Aldeguer
Contacté, Yohan Pawer n’a pas répondu à nos sollicitations.
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