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Les artistes LGBTQIA+ sous pression des catholiques intégristes

Apolline Bazin·Elie Hervé

26 octobre 2026

5 min.

Depuis les législatives anticipées, l’extrême droite multiplie les agressions contre les personnes queers. Notre enquête conjointe avec StreetPress en compte au moins 79 cette année. Plusieurs attaques récentes contre des événements culturels ont en commun de viser des artistes se produisant ou exposant dans des édifices catholiques.

« Si on avait joué 10 dates de plus oui on aurait eu des problèmes » soupire un membre de la troupe Cirque Fièr·e·s. Du 16 au 25 avril, le collectif organisait huit représentations de son Cabaret Oh Wow! à la chapelle Reille. Le lieu a beau être désacralisé et géré par Plateau Urbain, le spectacle mêlant performances circassiennes et numéros drag a visiblement déplu à des catholiques d’extrême droite.

Au bout de la cinquième date, les membres de la troupe commencent à recevoir des commentaires haineux, au point de renforcer le dispositif de sécurité et de faire venir la police sur les deux dernières. Le harcèlement se produit en décalé : le 28, les médias Tribune Chrétienne – citant le prêtre identitaire Matthieu Raffray – et Valeurs Actuelles publient chacun un article, ainsi qu’une vidéo pour VA. « L’info » est ensuite reprise sur Boulevard Voltaire, le salon beige et Géopolitique Profonde. Dans les jours qui suivent, les membres de la troupe ont commencé à recevoir des dizaines de messages dénigrants sur la page du cabaret et leurs comptes personnels. Des artistes et la production reçoivent une série d’appels anonymes dans les jours qui suivent. Seul le régisseur de la troupe décroche une fois et s’entretient avec un jeune homme obsédé par la « théorie du genre », assurant que les membres de la troupe vont « tous brûler en enfer ».

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79 attaques d’extrême droite contre les LGBTQIA+ en 2026

En 2026, les médias Problematik et StreetPress ont décompté 79 faits d’attaques envers la population LGBTQIA+ par l’extrême droite. Si elle n’est pas la seule responsable des LGBTphobies, ces actes sont en progression. Agressions dans la rue ou à leur domicile, cyberharcèlement lancé par des responsables politiques du Rassemblement national ou de Reconquête, centres LGBT+ visés ou censures d’artistes queers... Face à ces faits, nos deux médias se sont associés pour une série d’enquêtes : 

Article 1, « Au moins 79 attaques d’extrême droite contre les LGBTQIA+ en 2026 »

Article 2, « Comment des figures d’extrême droite attisent la haine et le cyberharcèlement envers les LGBTQIA+ »

Article 3, « En région, les centres LGBTQIA+ sont la cible de l’extrême droite »

Article 4, « Les artistes LGBT sous pression des catholiques intégristes »

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La problème n’est pas nouveau : en 2021, le journaliste des Jours Sofian Fanen commence une série d’articles sur les concerts annulés sous la pression de groupes catholiques intégristes. Le premier épisode est consacré à la compositrice suédoise Anna von Hausswolff dont deux représentations ont été annulées à Paris et Nantes. En 2023, le concert du chanteur queer Bilal Hassani, qui devait avoir lieu dans une ancienne église à Metz, est annulé. Les militants du groupe Aurora Lorraine, soutenus par Civitas et Lorraine Catholique, projetaient de commettre un attentat s’il était maintenu comme l’avait révélé StreetPress. L’instruction est toujours en cours.

Depuis, l’extrême droite et le parole violente contre les personnes LGBT ont encore gagné du terrain dans l’espace public. L’année 2024 représente un moment de bascule. La polémique autour de la cérémonie d’ouverture des JO, où un tableau a été accusé de parodier le dernier repas du Christ, ne semble toujours pas digérée. La DJ lesbienne et juive Barbara Butch reste une cible pour l’extrême droite catholique. À Paris, le 6 juin 2026, un événement de Nuit Blanche qui devait se tenir dans l’église Saint-Laurent (Xème) a ainsi été perturbé par Civitas. Dans une vidéo postée (source) sur la chaîne du mouvement intégriste, son fondateur Alain Escada, avait appelé à « empêcher la profanation de nos églises par Barbara Butch », directrice artistique de l’événement, « symbole du blasphème » selon lui.

Présente lors de cette soirée de Nuit Blanche, la photographe Sandra Reinflet a elle aussi déjà été prise pour cible par l’extrême droite. En février 2025, elle présente « Nouvelles Reines » dans la basilique Saint-Denis, une série de photographies où apparaissent notamment plusieurs femmes voilées. L’islamophobie et le racisme constituent les premiers motifs d’indignations de la fachosphère, qui la traite de « collaborationniste de l’islam » et menace « le moment venu on se souviendra de vous ». L’homosexualité de l’artiste est attaquée « à la marge » selon elle. Le diocèse, qui la soutient, reçoit tout de même des courriers de plainte, dont l’un demande « Comment avez-vous pu faire travailler une militante d’extrême gauche, homosexuelle revendiquée ? » Les Natifs organisent ensuite une action dans la basilique pour cacher certaines œuvres, les Monuments Nationaux et l’artiste portent plainte. Lors de la perquisition au domicile d’un des militants interpellés, un stickers « Hitler avait raison » et « Mort aux pédés » ont été retrouvés, avec un stickers montrant deux femmes dénudées au visage voilé. Les militants des Natifs sont relaxés en première instance, le caractère raciste et homophobe de ces éléments n’a pas été soulevé. Cet épisode laisse un goût amer à l’artiste qui n’a pas souhaité faire appel. « Ça crée de l’autocensure, oui je ne réfléchis plus pareil depuis cet épisode » reconnaît-elle.

La religion catholique s’est aussi imposée dans le discours d’un élu RN de Marseille. Stéphane Ravier s’en est pris à une soirée drag nommée la « Sainte Verge » qui devait se produire la veille de l’Assomption. Des déclarations politiques qui participent au climat de stigmatisation et de violence.

Image à la Une : © Hélène Aldeguer

Contactés, les Natifs et Civitas ne nous ont pas répondu à nos sollicitations.

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