Les mobilisations lycéennes dans les Outre-mer : La mise en lumière d’un héritage colonial
Iris Pastel
22 octobre 2026
5 min.

Le mouvement lycéen d’ampleur inédite qui traverse l’Hexagone trouve son origine dans l'établissement Saint-Exupéry de Créteil. Si ce fait est largement documenté, un autre foyer de mobilisation antérieur est souvent passé sous le silence médiatique : le 31 août, le lycée du Nord à Mayotte a été le premier à bloquer.
Plusieurs raisons à cela, telles qu’un sureffectif et un manque d’enseignant·es ayant pour conséquence la scolarisation partielle des élèves sur un système de rotation. Vinrent ensuite d’autres lycées, dans certains territoires d’Outre-mer comme La Réunion et la Guyane. Malgré une meilleure documentation de ces mobilisations spécifiques depuis quelques jours, la couverture reste pour le moins timide. En Martinique, nous avons pu interviewer trois jeunes engagés dans le blocage de leur lycée dans le sud de l’île et discuter de leurs revendications spécifiques, sous fond de schéma inégalitaire structurel.
Des revendications distinctes de l’Hexagone : prendre position dans le contexte éducatif martiniquais
Les revendications de la jeunesse martiniquaise s’insèrent légitimement dans celles que l’on entend au niveau national. En effet, le département a été particulièrement touché puisque les mobilisations ont concerné seize lycées. Les lycéen·es se sont reconnu·es dans le message porté en Hexagone et ont décidé de saisir l’occasion d’être pris en considération, comme le dit Sandra* : « Quand on a vu les jeunes de France (sic) on s’est dit qu’on allait faire la même chose pour pouvoir être écoutés. Il faut aussi nous écouter les DOM-TOM ». Pour autant, il réside des particularités éducatives liées aux Outre-mer en général et à la Martinique en particulier. Ne pas en tenir compte et penser que ce mouvement n’est qu’un prolongement de celui de l’Hexagone renforce son invisibilisation comme l’explique Maëlys, qui déplore l’absence des martiniquais·es dans les médias nationaux : « certains pensent que l’on cherche juste à faire comme la France en se mobilisant comme si on ne savait pas pourquoi on le faisait ou comme si on cherchait juste à rater les cours alors que c’est complètement faux ! ».
« Certains établissements en France (sic) ont des ventilateurs et la clim parfois, nous on a chaud toute l’année alors on devrait en avoir aussi ! Nous sommes quand même Français ! »
— Sandra, lycéenne en Martinique
Les lycéen·nes martiniquais·es mettent en avant des conditions scolaires difficiles liées notamment aux fortes chaleurs, présentes toute l’année contrairement à en Hexagone. Pourtant, elles ne sont pas du tout prises en compte,comme l’expose Xavier*, lycéen en classe de terminale : « On n’a pas de clim alors qu’il fait parfois jusqu’à 35° dans les salles et les persiennes sont cassées, c’est impossible de bien étudier dans ces conditions ». De plus, les bâtiments se dégradent plus vite en Outre-mer du fait notamment du climat tropical et humide et nécessitent donc une attention particulière. La température est si étouffante dans les salles que l’on parle « d’inconfort thermique quasi-permanent ». Les ventilateurs vétustes situés au plafond ne suffisent plus et nombreux ·euses sont les enseignant·es qui doivent investir elleux-mêmes pour leurs classes. A ce titre, Sandra note un manque de considération de l’État par rapport à la France continentale : « certains établissements en France (sic) ont des ventilateurs et la clim parfois, nous on a chaud toute l’année alors on devrait en avoir aussi ! Nous sommes quand même Français ! ».
Maëlys explique que ces conditions sont notamment dues au surendettement de la collectivité territoriale de la Martinique (CTM) à hauteur de 5 milliard d’euros, alors que compte parmi ses missions la gestion matérielle des lycées. Au nombre des causes de ce lourd tribu, le taux de pauvreté de l’île ainsi qu’un désengagement économique de l’Etat Français : entre 2021 et 2024, la dotation a ainsi baissé de 7.4%.
D’autres problèmes structurels sont au cœur de la colère des lycéen.nes ultramarins. En moyenne, six jours d’enseignement sont perdus dans ces territoires car les professeurs·euses ne sont pas remplacé·es en cas d’absence et du fait de transports en commun insuffisants. Résultats, un échec scolaire conséquent et des écarts de résultats aux évaluations nationales plus importants que ceux en Hexagone. Ces inégalités de traitement sont bien perçues par les jeunes comme l’explique Xavier : « on sait très bien que ce n’est pas pareil d’étudier ici en Martinique que d’étudier en France (sic), on part pas du même point de départ en vérité ». En cause, l’écart entre les règles de gestion nationales (comme les mobilités des enseignants par exemple) et les besoins au niveau local.
Un plafond de verre colonial qui maintient des inégalités structurelles
Récemment, Histoires Crépues et Adelphite ont mis en avant le lien de causalité entre effacement des DOM-TOM des médias et l’héritage colonial qui est toujours d'actualité.
Cette logique s’applique sur l’ensemble des problématiques soulevées. En Martinique comme dans le reste des outre-mers, le coût de la vie est indécent alors que les salaires sont plus bas qu’ailleurs. Alors que le taux de chômage est deux fois supérieur à celui de l’Hexagone, les prix alimentaires sont eux plus de 40 % plus élevés. Cela s’explique notamment par le fait que les békés, Antillais Blancs descendants de colons, ont le monopole des grandes enseignes et dictent les prix, et que les blanc.hes conservent leur pouvoir historique de domination économique et sociale. Une mobilisation a d’ailleurs repris le 19 octobre en Martinique pour appeler l’Etat à réagir vite concernant la baisse des prix des produits de première nécessité afin de relever le pouvoir d’achat de la population.
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