A Nîmes, une pride radicale pour sortir de l’isolement contre l’extrême droite.
Arya Meroni
14 octobre 2026
5 min.

Samedi 10 octobre 2026, se tenait à Nîmes la pride radicale du sud, nommée “Fiertés Vénères.” Une initiative colorée par la nécessité de la solidarité collective et de l’antifascisme, dans un territoire où l’extrême droite est fortement implantée.
Il est 13h, sur l’esplanade centrale de la rue Jean-Jaures, quand une dizaine d’organisations militantes installent tables, tréteaux et barnums. Organisé quelques heures avant la Pride radicale du sud, ce village associatif sert de point de ralliement aux organisations ayant convoquée la marche, mais aussi à plusieurs groupes queers venus de plusieurs localités de la région.
Un espace précieux, dans une région où les milieux LGBT+ sont souvent éclatés, sans points de rencontres institutionnalisés et où le besoin de rencontre se fait cruellement sentir.

Face à l’extrême droite, la nécessité de faire communauté
Gaël, qui habite à Avignon, représente l’association QUEERS, pour Questionner, Unir, Emanciper, Eduquer, Représenter à Sète. « Une association politico-festive, surtout politique », nous dit-il. Comme dans beaucoup d'endroits, QUEERS est touche à tout et permet d’animer la vie communautaire locale, grâce à la tenue mensuelle de débats politiques, d’apéros ou de lectures de poèmes, mais aussi des projections, et même un festival, organisé du 28 au 30 mai dernier. Un événement dans tous les sens du terme, tant il a permis de fédérer un milieu qui se connaît peu, et se rencontre “surtout dans des rendez-vous militants ou culturels”.
L’association aixoise Aix Vanguard, présente sur le site, a le même souci de proposer une vie politico-culturelle riche. Afin de construire une vie communautaire solidaire, elle organise régulièrement des points de rencontre conviviaux, comme le “barbequeer”, le NoëlGBT ou AixTravaganza, une soirée Drag, dont la première édition s’est tenue récemment. Non sans émotion, Stella, militante de l’associaiton et à l’initiative de l’événement se réjouit d’avoir pu y faire venir plus de deux cents personnes : « C’est beaucoup, ça montre qu’il y a un réel besoin de ces espaces là. » Car a Aix aussi, les événements militants sont les rares occasions durant lesquelles la communauté se rencontre, se connaît et donc se crée.
Si le village est l’occasion de rencontrer ces collectifs, c’est aussi un moment important pour construire un dialogue commun. C’est en tout cas ce que nous explique Victor, membre du Collectif Nïmois Antifasciste Queer (CNAQ), membre du collectif unitaire à l’origine de cette journée. “On a proposé cette pride pour faire du lien avec d’autres villes, donc de ce point de vue, c’est une totale réussite.” Dans une région marquée par un ancrage historique de l’extrême-droite, militer avec les autres n’est pas une option. Pour Stella, la lutte politique contre l’extrême droite réside d’abord par le fait de construire, à chaque fois, collectivement. « C’est pour ça qu’on est ici. En tant qu’asso queer, on fait toujours en sorte de tisser des liens avec d’autres villes, d’autres collectifs On a l’impression de créer un réseau, pour pas agir seul·es. A notre Pride, il y a les groupes de Marseille qui viennent, là on vient à Nîmes. Au fur et à mesure, on crée ce maillage par l’informel. »
Mais cette unité à une limite. Victor nous rappelle que cette marche des fiertés radicale a été initiée “parce que la pride de Nîmes est dépolitisée” et ne serait pas à la hauteur des enjeux liés à la période. Stella a la même lecture. A Aix, la marche des fiertés est organisée depuis deux ans par son association, et revendique clairement un ancrage antifasciste, avec des résultats concluant : alors que 800 personnes avaient répondu présent-e-s en 2025, iels ont été plus de 2000 à défiler dans les rues provençales cette année.

« L’inclusivité ne nous sauvera pas, mais nos solidarités le peuvent »
Vers 16h30, les organisations militantes remballent leur stand et la pride s’élance. Pendant deux heures, quelques centaines de personnes déambulent dans les rues de la capitale du Gard, au rythme d’une batucada et de slogans mêlant problématiques queers et luttes sociales. Ainsi, entre deux « so so so, solidarités, avec les trans du monde entiers” et un classique “siamo tutti antifascti” se scandent des revendications en soutien à la Palestine - « gaza, gaza, les queers sont avec toi »- ou avec le mouvement lycéen en cours - « gouines trans pédés, avec les lycées »
Des prises de paroles ponctuent la manifestation. Le CNAQ ouvre le bal et détaille l’appel à manifester. Face au danger que représente l’extrême droite, le collectif nîmois appelle à ne pas céder aux sirènes homonationalistes des extrêmes droites qui cherchent à cibler les personnes migrantes et musulmanes comme responsables des LGBTphobies, en surfant notamment sur l’attentat contre la pride de Berlin tout en réduisant les droits partout où elles sont au pouvoir. « Cela permet à la réaction de se cacher derrière un vernis progressiste. On le voit bien en Israël, où nos droits sont instrumentalisés pour cacher le génocide. » Pour le CNAQ, qui se place aussi en solidarité des luttes sociales, antiracistes et de la jeunesse, la lutte contre l’extrême droite ne doit pas attendre les élections, « car le fascisme, lui, n’attends pas les élections. » Et d’appeler à un mouvement d’ampleur pour s’y opposer, avec la participation active, en son sein, d’un mouvement LGBT « antifasciste, qui lutte avec nos camarades victimes de racisme et d’islamophobie. L’invocation de l’inclusivité ne nous sauvera pas, mais nos solidarité le peuvent. »
Ces solidarités ont été ensuite déroulées durant les prises de paroles qui ont permis plusieurs arrêts. Ainsi, trois ans après le début du Génocide, Neru, militante à Palestnîmes, évoque l’importance d’inscrire cette pride dans la lutte pour la Palestine, car « on ne peut pas se contenter d’être fier·es sans penser aux queers qui meurent à gaza. » Evidemment, des lycéen·nes en luttes ont pris la paroles, mais aussi une personne d’un collectif de travailleur·euses du sexe ou encore un militant pour l’indépendance de la Kanaky.
Vers 17h30, le cortège arrive devant l'hôtel Imperator, dont les femmes de chambre sont en grève depuis plusieurs semaines. Selon la CGT, elles revendiquent des augmentations de salaire et d’effectifs ainsi qu’une amélioration de leurs conditions de travail. « Imperator, paye tes femmes de chambres », s’époumonent alors les manifestant·es pendant de longues minutes. Un élan spontané de solidarité qui donne à voir l’ancrage dans l’écosystème politique d’un milieu queer local qui ne se contente pas de formule “radicales” mais les mets en pratique.
Vers la fin de la manifestation, Elias, militant aux Inverti.e.s, venu depuis Paris pour soutenir la pride, appelle à la constitution d’un réseaux queer antifasciste national, « en vue des présidentielles, mais aussi pour la suite », indiquant que quoi qu’il se passe en 2027, il faudra continuer à lutter, ensemble.
Une préoccupation qui semble largement partagée, tant elle a engendré de discussions entre les militant•es. Sortir de l’isolement individuel, faire communauté, militer, construire des réseaux militants, localement et nationalement : voilà la marche à suivre que semble prendre ces collectifs qui luttent déjà très concrètement et depuis des années contre l’extrême droite.
La pride était par ailleurs inscrite à l’agenda du festival antifasciste « les fourmilières », qui avait lieu du 25 septembre au 10 octobre sur plusieurs départements du sud de la France. Pendant ces 15 jours, 130 collectifs ont organisé plus de 240 événements, avec cette même volonté de propager la rencontre et la solidarité collective en réseaux pour lutter au milieu de la tempête mais aussi, on l’espère, voir un jour l’accalmie.
Soutenez un média indépendant
Problematik est un media queer indépendant. Vos dons sont notre principale source de revenus, ils financent nos futures publications : soutenez-nous pour lire de nouveaux articles !
Soutenez un média indépendant
Problematik est un media queer indépendant. Vos dons sont notre principale source de revenus, ils financent nos futures publications : soutenez-nous pour lire de nouveaux articles !



















